Folio 1r Quo abiit dilectus tuus, o pulcherrima mulier? Les parolles dessus dittes dit la sainte ame en Cantiquez en remembrant la glorieuse mort de son tres doux espoux et ami Jhesu Crist et fait une demande de la vierge Marie qui est telle: o vous, glorieuse vierge Marie, la beauté de toutes femmes, mere de Jhesu, vous estez belle par la beauté de virginité, plus belle par la beauté de grace, tres belle par la beauté de gloire. Vous estiez avecques le doux Jhesus toute remplie de doulours quant il pendoit en la crois. Dittes moy, je vous pri, où vostre doux ami Jhesu est allé, et je remplie de doulours de sa glorieuse passion le querre.

Il s’ensuit la reponse de la vierge Marie.

.J. lieu est où mon ami n’est mie allé, c’est assavoir ou conseil des faux Juifs ainsi comme Judas. Il n’est mie arrestés en la voie de pecheurs ainsi come Pilatez. Il n’est mie allé en la voie des haineus ainsi come Saul. Il n’est mie allé en la voye des luxurieux car elle li put Folio 1v merveilleusement, ne avecques les avaricieus ˋetˊ les usuriers car il est riche sans tache de pechié. Où est il donc allé? Il est allé oultre la mer de Galilee. Galilee vault autant come trespassement et represente l’amertume de la mort de la croix que le doux Jhesu a soufferte pour nous en yceste crois. C’est la remenbrance de la doulereuse mort Jhesu Crist en laquelle nous nous devons conforter et deliter avecquez monseigneur saint Pol qui dit en ceste maniere: il ne m’avendra ja se Dieu plaist que je me gloirefie fors en la crois de Jhesu Crist. Yceste sainte crois porte le mirre de nostre redempcion, l’aide de nostre proteccion, les richesses de nostre reffeccion. En ceste croix et en la remembrance de Jhesu le crucefié se delitoit bien une povre damoiselle dont j’oy raconter en telle maniere.

Il ˋestoitˊ une povre joncelle qui .j. jour d’esté vint a confesse a son confesseur et il lui demanda pourquoy elle n’alloit glaner que elle peust ˋespargnie[r]ˊ aucune chose pour yver. Et elle respondi: g’i ay esté, si ay glané .vij. espis. Folio 2r Et le confesseur qui partie vit de s’entencion si li pria qu’elle li dˋeˊist quiex sont les vij. espis et le champ où elle les avoit glannés. Et elle respondi que le champ où elle les avoit glannés est appellé champ de Boos. Boos vault autant come force ou vertu et segnifie Jhesu le crucefié qui est la puissance et la vertu de Dieu le pere. En ycel glorieux champ et principalment en son saint costé ay je glanné .vij. espis dont le premier est yaue pour nous laver. Le secont est luerre pour nous rappeller. Le tiers est tresorerie pour nous rachater. Le quart est escu pour nous garentir et deffendre. Le v.e est vin savoureux poour nous enyvrer. Le vj.e est pain de vraye reffeccion. Le vije est lieu de paix et de recreacion.

Donc je dy que ˋj’ayˊ trouvé ou benoit corps Jhesu Crist yaue pour noz pechiés laver. Car avant que le benoit corps Jhesu Crist fust ouvert nous estions tres tous conchiés au moins pour le pechié originel que nous aportames des ventˋreˊs noz meres. Mais par la vertu du sanc et de l’yaue Folio 2v qui issi du costé Jhesu Crist dont les sacremens de sainte eglise ont vertu nous sommez espurgiés et nettoiés de noz pechiés. Cest ce que dit saint Jehan en l’Apocalipce. Le doux Jhesu nous ama et si nous lava de noz pechiés en son propre sanc. Certes veci precieuse et chiere lessive. Certes il est la vache qui oncques ne porta jus qui fu occise dehors la cité devant tous les filz d’Israel. De la pouldre d’icelle vache fu faitte une yaue dont s’arousoit le peuple et il estoit nestoiés de ses contaminacions si come il est escript ou Livre des Nombres. Ceste vache sans jus est le doux Jhesu qui onques ne fist pechié ne tricherie ne fu oncques trouvé en sa bouche. Icestui doux Jhesu fu occis dehors la cité de Jherusalem devant tout le peuple et par la vertu de sa sainte mort nous sommes tous lavés de noz pechiés. C’est ce que chante sainte eglise pour ce qu’il nous lava de noz pechiés. Il est navré d’une crueuse lance et en ses piez et en ses mains cloux fichiés, et yaue en yssi de son costé Folio 3r habundaument.

Le secont espi que ˋj’ayˊ trouvé en Jhesu Crist est luerre pour nous rappeler. Luerre si est une masse de plume que ont ces gentilz homs quant il vont rivoier dont il appellent leur oiseaux. Le doulx Jhesu a fait un luerre de soy mesmes. Il est ou milieu de l’eglise, le chief encliné pour toy baisier, les bras estandus pour toy enbrassier, le costé ouvert ainsi come s’il voulsist dire: beau filz, vecy mon cuer, donne moy le tien. Mais notte que quant le faucon a prins gorge il ne retourne pas de leger a son maistre. Ainsi sont il aucun pecheur qui aiment tant leur pechié que pour bon sermon ne pour bon conseil ne pour saintes inspiracions il ne veullent retourner a Jhesu Crist. De cest apel que le doux Jhesu a fait aux pecheurs parˋoˊle l’apostre ad Ephesios et dit ainsi: vous qui aucunes fois avez erré et folloié et estiez loing de vostre salut maintenant en la vertu du precieux sanc Jhesu Crist vous estez aprochés de paradis.

Folio 3v Mais notte que qui vouldroit fere un beau luerre il devroit mettre .iij. manieres de plumes. C’est assavoir de coullomp, de faucon et d’arondelle. La plume de coullomp segnifie que nous devons noz pechiés et les noz proismes tousjours gemir en vraye oroison. Car ceste proprieté a le coullomp car il gemist tousjours. C’est ce que dit Ysaye le prophette: nous gemiron[s] ainsi come le coullomp, pensans ainsi come ˋse ilˊ voulsist dire, qui penseroit bien sez propres pechiés et les son prooisme de liger il gemiroit en oroison.

Les plumes de faucon segnifient que nous devons avoir ˋgrantˊ pitié de la povre gent et donner leur souvent aumosnez, especialment a noz povres voisins. Car le faucon a telle proprieté que quant son compaignon est malade il ne mengera de ˋlaˊ proie jusques a tant qu’il a repeu.

Les plusmes de l’arondelle segnifient que nous devons pou amer les choses temporelles et penser souvent aux biens de paradis. Car l’arondelle a telle proprietté qu’elle prent sa viande en vollant. C’est ce que dit Ysaie le prophette. Sire, dit il, je crieray Folio 4r a vous ainsi come le poulet de l’arondelle. Ces choses ne povons nous fere de nous, ains les nous fait fere le saint esperit quant il nous a rapelés de noz pechiés a sa grace. Dont dit saint Pol: le saint esperit prie pour nous a grant gemissement, non pas que l’apostre vueille dire que le saint esperit pleure car ce ne puet estre, mais c’est a dire que il nous fait noz pechiés gemir et plourer.

Le tiers espi.

Le .iij.e espi que ˋj’ayˊ trouvé en Jhesus le crucifié est tresorerie pour nous rachatter. Vous deves savoir qu’il a difference entre tresor et tresorerie. Car mil livres ou .ij. mille puet estre grant tresor, toutezfois un mauvais ribaut, houlier, joueur de des l’aroit asses tost despendu, mais une miniere d’argent ou d’or ne puet on pas despendre de leger. Et pour ce vous di ge que ˋj’ayˊ trouvé en Jhesu le crucifié tresorerie et non mie tresor. C’est a dire que la misericorde de Dieu est si ˋtresˊ ˋgrantˊ que on ne la puet espuisier, dont pˋeˊvent venir li pecheur a Jhesu Crist car il leur a plus grant tallent de pardonner qu’il n’ont de demander pardon. Folio 4v Ce nous est bien demoustré par une demande que saint Pierre fist une fois a Jhesu Crist et lui demanda en telle maniere: Sire, doux Jhesu, dittes moy quant le pecheur ara pechié encontre moy, quantes fois lui pardonneray je? Lui pardonneray je .vij. fois? Et le doulx Jhesu lui respondi: Pierre, tu ne li pardonras pas vij. fois tant seulement, mais toutes les fois que il le te requerra et vraiement se repentira. Et benoitte soit la bouche plus de mil fois qui a dit si savoureux mot.

ˋCertesˊ est ce vrayement le doux Jhesu qui dit qui ne veult mie la mort du pecheur mais ˋqu’ilˊ se convertisse et vive en gloire avecques lui. Certes nul pecheur quant il ot si doulces parolles ne se doit targer pour nulle chose de convertir soy a nostre seigneur et tost. De ceste tresorerie parle saint Pierre ainsi: vous n’estes pas rachattés d’or ne d’argent ne d’autre chose corrumpable mais du precieux ˋsancˊ de l’aignelet sans tache. Le ˋdoulzˊ Jhesu est le vray pelicans qui pour noz ames oster des doulereuses paines d’enfer son propre corps mist a mort, ainsi Folio 5r comme le pelicans pour norrir ses poules sa propre personne occist. Et pour ce dist saint Gregoire ˋenˊ parlant a Dieu le pere: O merveilleuse amour et digne de memoire pour ce que ton sergent des crueuses paines rachatas, ton propre filz as mis a mort.

Or deves savoir que celui qui d’autry est rachetés ˋestˊ en la voulenté son seigneur non pas en la seue, et pour ce proprement a parler nous ne devrions point pechier car ce n’est pas la voulenté Jhesu Crist, et du tout en tout nous devrions fere la voulenté de Dieu car il est nostre vray ˋseigneurˊ. Et pour ce saint Bernart parlant a s’ame disoit: o m’ame, seignié de l’ymage Jhesu Crist, embelie de sa semblence, espouse de sa foy, rachatee de son sanc, donee du saint esperit, nombree avec les angles, heritiere de beneurté, priveresse de Dieu qui est toute ˋbontéˊ, ˋque asˊ tu a faire ˋduˊ desirer de ta char que elle soit plus vil que nulle chambre privee? Mais, las, le benoit sanc Jhesu Crist ˋestˊ aujourd’ui tout oublié.

Vous savez que quant ces riches hommes se font seignier Folio 5v l’en seut .iij. jours le sanc ˋgarderˊ, mais assez tost aprés l’en le gette hors. Ainsi le sanc du benoit doux Jhesu fut bien gardé ou temps des prophettes, car pour l’amour de son benoit sanc qui devoit estre espandu pour nostre redempcion, se souffri Ysaye le prophette estre see d’une see de boiz, et ainsi pour l’amour du sanc Jhesu Crist le sien propre espandi. Aussi fuˋtˊ il bien en memoire ou temps des martirs car il desiroient pour l’amour de Dieu crucefié leur propre sanc espandre. Dont il chantoient une chançon que sainte eglise nous recite qui est telle: sanc de nostre seigneur Jhesu Crist qui as esté occiseur de nostre ennemi, fay nous venir a l’enseigne de l’angnellet tres seiche. Ainsi fu il en memoire ou temps des apostres si come il appert en ce glorieux apostre monseigneur saint Andrieu (car il se glorifioit si merveilleusement pour ce que Dieu l’avoit esleu a recevoir le martire de la croix) qui saluoit la croix ainsi: je vous salue, croix precieuse, qui estez dediee du saint corps Jhesu Crist et aoˋrˊnee de ses sains membres aussi come de pierres precieuses. Je vous pri que vous veullies recevoir le disciple car Jhesu, mon maistre, a pendu en vous. Et vrayement il desiroit bien morir pour l’amour de Jhesu Crist.

Helas, Folio 6r le benoit sanc Jhesu Crist est aujourd’ui trop mallement oublié, et non mie tant seullement oublié, mais pluseurs fois despis et juré villainement, ja soit ce que l’apostre die: qui touchera la montaigne il sera lapidé d’icelui. Cest a dire quiconquez jure et blapheme Jhesu Crist, se il ne se repent vraiement, il souffrera paine pardurable. Ce benoit sanc avoit bien en memoire ma dame sainte Cecile qui disoit ainsi: ne vous merveilliez mie se je suis vermeille car c’est la remembrance du benoit sanc Jhesu Crist. Et elle l’avoit si parfaittement fichié que sus ˋtoutesˊ chosez elle y pensoit, dont elle ˋestoitˊ une foiz en une grant feste où les trompez et les salterions sonnoient et la vierge disoit en son cuer: Sire, doux Jhesu, je vous pri que facies mon cuer net de ˋtoutˊ pechié que je vous puisse plaire. Ceste vierge nous moustre bien que ce nous sommez aucunes fois en feste ou en jeu come nous nous devons garder que nous puissons [penser] a Dieu plaire.

A ce benoit sanc nous amonneste saint Bernart qui dit ainsi: homme, ˋregardeˊ que je seuffre pour toy. Regarde lez clox de quoy je suis perciex, la lance de laquelle Folio 6v je suis perciez. Regarde la croix en laquelle je suis tourmentés. Vraiement ma doulour est grant par dehors mais elle est gregnieur en mon cuer, car je ˋregard[e]ˊ que de ces doullours tu me sces pou de gré. Et pour ce nostre seigneur par Ysaye le prophette dit ainsi: mon peuple que t’ay je fait ou en quelle maniere t’ay je courroussié? Je t’ay getté dˋeˊ Egipte, et tu as appareillié a ton sauveour le torment de la croix. Et pour ce disoit saint Bernard a ses freres: pour vous la joie du ciel estre courrousié, la tour de toute force estre perché, la gloire du monde et des angles estre moquié, le mireur sans tache replandisseur de la lumiere pardurable estre decraché, le Dieu de toutez choses estre batu, la vie mourir. Biaux freres, alons mourir avecques Jhesu Crist. Ceste glorieuse mort pensoit bien la sainte ame quant elle disoit: doux Jhesu, je me recorderay de vostre passion et m’ame decourra de lermez. Et pour ce je auray esperance en vous. Ainsi come se elle deist seulement la vertu de vostre mort me donne esperance de mon salut. Mais par aventure, sire, j’e le cuer si dur que je ne puis avoir ˋcompassionˊ de ceste glorieuse mort.

Pour ce tu y dois notter .iiij. choses qui ˋteˊtesmoigneront avoir en compassion: la premiere que tu penseras la personne Folio 7r de celui qui seuffre mort et tu trouveras que il est Dieu et homme; la seconde que tu penseras la maniere de la mort Jhesu Crist et tu trouveras qu’elle fut plus crueuse que ne fu oncquez autre mort; le iij.e que tu penseras pour quel chose il volt mourir et tu trouveras que ce fu pour tes proprez pechiés; la iiij.e que tu penseras a la compaignie que le doux Jhesu ot quant on le menoit au grant tourment de la croix, et tu trouveras que illeuc fu la vierge Marie qui l’avoit conceu et enfenté, ˋmereˊ et vierge toute remplie de doulours. Vraiement je croy qu’il n’est cuer si dur que se il pensoit a ces .iiij. choses dessus dittes qu’il n’eust pitié et ˋcompassionˊ de la glorieuse mort Jhesu Crist.

Le quart espi.

Le quart espi que ˋj’ayˊ trouvé en Jhesu Crist est escu pour nous deffendre et garentir encontre ˋtoutesˊ manieres de doulours et de temptacions. C’est ce que dit David: la verité de Dieu t’avironnera de l’escu de bonté, c’est de la glorieuse mort Jhesu Crist. Es tu temptez ou temptee de doulour de corps ou de perte d’avoir ou d’amis, pense au benoit sanc Jhesu Crist et tu seras assouagé. Cest ce que dit le saint esperit ou Livre de Rut. Folio 7v Moille, dit Boos a Rut, ton pain ou vinaigre. Boos vault autant a dire come celui qui a vertu et segnifie Jhesu crucefié. Rut segnifie l’ame remplie de doulours dont Boos dit a Rut: moille ton pain ou vinaigre. Le pain de soy si est sec et represente ˋtoutesˊ les doulours et les desconfors que puet avoir l’ame, dont elle doit moillier ˋtoutesˊ ses doulours et ses desconfors que puet avoir l’ame ou vinaigre, c’est en la memoire de la passioun Jhesu Crist, et certainement elle y trouvera confort.

Vous savez bien qui seroit navrez en son doy et aprés refust navrez d’une grant espee en son corps, vous savez bien qu’il oublieroit la petite playe pour la grant. Tout aussi, vous di je, se nous voullons fere comparaison de ˋtoutesˊ les doulours et de tous les desconfors que nous avons ou pourron[s] avoir entre toutez les doulours que le doux Jhesu souffri en la crois, nous trouverons les noz petites et ainsi nous nous conforterions es doulours Jhesu Crist. Car ainsi come dit monseigneur saint Bernart, il n’est ˋmieˊ chose qui puisse si bien garir la maladie de l’ame come penser souvent a la mort Jhesu Crist et Folio 8r aux plaies.

Mais notte que cest escu c’est en la remembrance de la croix Jhesu Crist, et en icelle ont .iij. bras et .j. escript par dessus qui me represente .iiij. choses que l’ame qui est navree dez doulours de la mort Jhesu Crist doit en soy avoir. Le bras dessoubz me represente humilité. Humilité avoit bien une bonne dame qui dit a .j. musart qui la regardoit si desordreneement: ha, dit elle, se tu veoies aussi come Dieu fait et je mesmes le sçay les grans ordures que j’ay dedens moy en mon cuer et en mon corps, tu ne te deliteroies pas si forment a moy regarder. Yceste ˋestoit uneˊ bonne dame. Aussi se vous avez une belle robe vestue et ceinte une riche courroye ou vous avez beautez de corps, ne vous y delites mie ne n’y faittez force se vous ne plaises aux musars. Car vous devez fere pou de force a quiconquez vous plaisiez mais que vous puissez plaire a celui qui a souffert mort pour vous et vous a a jugier, c’est assavoir Jhesu Crist.

Le secont bras de la croix Jhesu Crist, c’est assavoir le destre, me represente amour et charité. Car vous devez estre espris ou esprise quant est en vous du feu de l’amour Jhesu Crist Folio 8v aussi come sont les seraphins qui tousjours sont embrasés de l’amour Jhesu Crist, dont il est escript ou Quart Livre de l’ancienne loy: lez sacrefices de l’autre seront tres tous gastés de feu. Helas, come ce commandement est mauvaisement gardé. Car nostre sacrefice c’est le bien que nous faison[s] a Dieu et est souvent sans le feu d’amour et en lascheté de cuer fait et en menjue qui veult. Car vaine gloire en menjue et en deveure grant partie. Charnalité, convoitise, accide, yre, envie, ˋmurmureˊ, et autre vice en menjuent. Si en menjue chascun sa partie si que nostre sacrefice demeure si devouré que nostre seigneur n’y treuve que prendre, et tout ce vient par nostre mauvaistié et par la froidure de noz cuers. Car ce nous fussons chaux de l’amour de Jhesu Crist ainsi come sont les seraphins, nul ne peust devorer nostre sacrefice. Aussi come vous savez bien que les mouches n’osent approuchier du pot boullant, ˋainsiˊ ne font nulz vices a nous quant nous sommez embrasés de la savoureuse amour Jhesu Crist.

Le bras senestre de la croix me segnifie pacience que nous devons avoir en ˋtoutesˊ noz tribulacions et dire avecquez monseigneur saint Pol: je me Folio 9r glorifieray voulenters en mes tribulacions et en mes enfermetés, car en enfermeté est vertu esprouvee et pour ce que la grace de Dieu vueille habiter en moy. Car David dit que nostre seigneur est avecquez ceulx qui sont en tribulacion et il les seuffrent voulenters pour l’amour du doux Jhesus. He Dieu, quel chose est plus delitable et plus glorieuse que avoir Jhesu le crucefié avecquez lui? Certes je crois que nulle.

Le destre bras de la crois où fu escript Jhesus Nazarenus Rex Judeorum me segnifie esperance eslevee que la sainte ame doit avoir de la gloire de paradis et doit dire avec David: Sire, j’ay eu en vous esperance. Lors sera mon desir acompli et mon cuer saoulé parfaittement quant vostre gloire sera aprové en moy. Et note la teneur du tistre, car il y avoit escript Jhesus Nazarenus. Jhesus vault autant come sauveour, Nazarenus vault autant come tout flouri, dont Jhesus Nazarenus, c’est Dieu tout flouri. Et dont en semblance vous deves avoir la proprieté d’aucune fleur, dont je vous pri que vous ayes la proprieté de la suscie. La suscie a Folio 9v celle proprieté car quant le sollail se lieve au matin, la suscie se euvre encontre lui petit a petit, mais quant vient a l’eure de midi que le sollail est en sa tres grant vertu, lors s’euvre elle du ˋtoutˊ en tout, ainsi come se elle voulsist dire s’elle peust parler: Sire sollail, je vous veuil tout comprendre. Quant vient vers le vespre que ce sollail va declinant, si se clot la suscie ainsi come se elle voulsist dire: Sire solail, je vous ay tout compris, je n’ay tallent que vous m’eschappez.

Esperituelment a parler la sainte ame au matinet de sa jonece devroit comprendre le solail de justice qui enlumine soutilment de sa grace les cuers des devottes personnes. Mais quant vient l’eure de midi, c’est quant la sainte ame est parfaittement eschauffee de l’amour de son doux ami Jhesu Crist, c’est assavoir en pensant devotement sa glorieuse passion ou en oant paisiblement sa sainte parolle ou en pensant tres forment a la grant gloire de paradis, quant le sollail de justice est en telle maniere en son cuer enclos, elle doit clorre les portes de ses .v. sens que aucune temptacion de sa char ou du monde Folio 10r ou du dyable n’y puisse entrer, et doit dire a Jhesu Crist: Sire, vostre mercy, je vous ay maintenant enclos en mon cuer. Se Dieu plaist vous ne m’eschapperes mie jusques a tant que vous m’aiez mené en la beauté de vostre maison, et lors vous ne m’eschapperes mie ˋjusques je vousˊ aray plus parfaittement, vous ameray plus purement, et gousteray de vous tres glorieusement.

Le .v.e espi.

Le .v.e espi que j’ay trouvé ou benoit costé Jhesu Crist est vin savoureux pour noz ames doulcement enyvrer. C’est le vin dont parle David. Le vin c’est la memoire de la doulce mort Jhesu Crist qui esleece le cuer de l’omme. Et pour ce dit en autre lieu: je prendray le calice de salut. C’est a dire je penseray la doulce passion Jhesu Crist. Car c’est hannap plain de vin savoureux enyvrant noz ames. A ce que nous soions enyvré de son savoureux vin nous semont le doux Jhesu par le prophette Ysaye et dit ainsi: mes chiers amis, venez et soiez enyvrés, voire du vin de la memoire de ma passion. Folio 10v A ce que nous soyon[s] bien enyvré de ce savoureux vin, charité qui en fu ˋbouteilliereˊ pour ce que nous en eusson[s] plus ˋhabondaumentˊ volt percier le costé où ce savoureux vin estoit devant et derriere et ou costé devant, ce furent les .iiij. playes que il out en ses tres doulces mains et en ses sains piez.

Par derriere ce fu la bateure que il out quant il fut lyé a l’estache. Ou costé ce fu quant Longis li ouvri d’une crueuse lance dont issi un grant ruissiaus. Esperituelment a parler David prist les .v. pierrez pour tuer Golias, aussi vous deves fere .v. choses pour l’amour de la glorieuse mort Jhesu Crist et de vostre salut par lesquelles vous occirres pechié en vous. La premiere est que vous donrres de vostre argent pour l’amour de Dieu; la seconde que vous donrres de vostre pain, de vostre vin, de vostre potage; la tierce est que vous donrres aux povres en lieu et en temps a vestir et a chauffer; la quarte que vous visiteres les povres malades et les conforteres, et se vous ne le povez fere, vous prieres pour eulx; la .v.e que vous osterez tout vostre ame et labourrez de tout vostre ˋpovoirˊ que vous puissies oster l’ame de vostre proisme de peché et Folio 11r vraiement ces .ij. choses sont la pierre principal dont vous occirres le dyable.

Le .vj.e espi.

Le .vj.e espi que ˋj’ayˊ trouvé en Jhesu le crucefié est pain de vraye refeccion pour noz ames saouler. De cest pain est il escrit ou Livre des Roys que quant Helye fuioit Jezabel la mauvaise royne, il s’endormi dessous un arbre et un angle l’esveilla et lui donna pain a menger cuit en cendre et yaue a boire, et en la vertu de ce pain et de celle yaue il ala .xl. jours et .xl. nuis jusquez a tant qu’il vint a la montaigne de Dieu Oreb. Note la parole du saint esperit, Helye fuiant Jezabel segnifie l’ame fuiant les desirs de sa char, les boidies du monde, les temptacions ˋet les aguezˊ du dyable. Or avient aucune fois qu’elle s’endort par paresse de bien faire, ˋmaisˊ les angles Jhesu Crist ce sont saintes inspiracions de Dieu venant a lui et dient: lieve toy -- voire par la vertu des bonnes euvres -- et mengue de ce pain cuit en cendre. La cendre si est amere et ave Folio 11v represente l’amertume de la benoitte mort Jhesu Crist. L’yaue que Helye but segnifie les doulours et les paines que le doux Jhesu souffri pour nous en ce monde. Dont se tu penses bien a la douce mort Jhesu Crist et autres grans painez que il ˋsouffritˊ pour toy, en la vertu de ceste memoire tu pourras aller .xl. jours et .xl. nuis.

Vous deves savoir que ce nombre .xl. est compost de .iiij. foiz .x. Par .x. j’entent les .x. commandemens nostre seigneur, par .iiij. j’entent la doctrine des .iiij. evangelistˋeˊs. Donc se tu as bien en memoire la glorieuse mort Jhesu Crist, en la vertu d’icelle sainte mort tu acompliras en toy les .x. commandemens de la loy lesquiex sont de neccessité de salut et la doctrine des .iiij. evangelistˋeˊs en laquelle est conneue et contenue parfeccion de vie. Ainsi pourras avenir a la montaigne d’Oreb. Oreb vault autant come table et segnifie la table que nostre seigneur en l’evangille promet a ses amis, dont il dit ainsi: o vous qui avez demouré avecquez moy en mes temptacions et avez eu memoire de ma doulereuse passion, Folio 12r je vous ordene le royaulme de paradis que vous vous soyez et ˋmengezˊ a table, c’est a dire que doreenavant vous soyez rempli de ma gloire de paradis et de la grant beauté qui y est.

De ce glorieux paradis dit .j. petit Juif de nouvel converti a nostre foy .j. devot mot. Son maistre lui demanda une fois qui lui sembloit que ce fust des estoilles et il lui respondi qui li sembloit que c’estoient cloux d’or, maiz il se reprist assez tost et dis: Maistre, je croy que ceste beauté que nous appert ou ciel et sa aval en terre vient de la grant habundance de la gloire qui est en paradis. Certez vecy un bon mot.

Vous savez bien que quant ces povres gens treuvent de bons morceaux ou relief quant on leur donne, il appert bien qu’il en ˋontˊ assez devant ceulx qui firent le relief. Certes tres tous les biens que nous povons avoir ça aval ce n’est ˋmieˊ que un relief au regart des biens de paradis. C’est ce que dit David es ames des saintes personnes qui goustent maintenant de la grant bonté Jhesu Crist. Il sont, Folio 12v ce dit David, saoulés, il ont devisé leur relief a leur enfans, c’est ˋesˊ devotez ames qui sont en terre.

Le .vij.e espi.

Le .vij.e espi que ˋj’ayˊ trouvé en Jhesu Crist est lieu de repos et de recreacion. De ce est ou Livre des Roys escript que quant Saul faisoit persecucion a David il dit: je ne puis cy avoir paiz, si en suy en ˋGestˊ. Geth vault autant come presseur et segnifie l’arbre de la vraye croix où le doux Jhesu pour nostre amour fu durement pressourez. Mais note que quant les raisins sont ou presseur le vin en ist cler et net sans nulle paine souffrir, mais le marc demeure dedens tout escaché. Aussi vous di je que quant le doux Jhesu souffri mort en la croix la benoitte divinité n’en fu oncquez blecee, mais la sainte humanité qu’il avoit prise ou ventre de la vierge Marie y fu si pressouree et escachee que c’est piteuse chose a penser. Donc se tu es en lieu où tu puissez reposer, fui t’en esperituelment en la memoire de la croix et fiche ton cuer es playes de Jhesu Crist, et tu y trouveras lieu de paix Folio 13r et de repos. C’est ce que dit nostre seigneur en l’evangille saint Mahieu: vous qui labourez de labour esperituel et estez chargés de diverses doulours de cuer et de diverses temptacions, venes a moy. C’est a dire penses parfaittement a ma passion et a l’effusion de mon sanc et je vous referay et vous trouveres a moy repos a voz ames.

About this text

Title: Les sept épis trouvés dans la Passion de Jésus-Christ.
Author: Anon.
Edition: Taylor edition
Series: Taylor Editions: Ex Scriptore
Editor: Transcribed by Anne Mouron. Encoded by Emma Huber.

Identification

Paris, Bibliothèque nationale de France, MS Français 24864, fols 1r-13r

Contents

This manuscript contains several works, mostly in French and written by a number of different hands. Note that some folios have not been digitised and others are left blank in the manuscript.

  • 1. Text in Latin, a table of contents, added by André Hausselet, prior in 1474.
  • 2. Les sept épis trouvés dans la Passion de Jésus-Christ, ff. 1- 13r
  • 3. Text not mentioned in the Bibliothèque nationale de France’s description of the manuscript, beginning: ‘Personne qui reçoit dignement le corps de nostre seigneur Jhesu Crist en grant devocion, il reçoit xij dons, fol. 13v
  • 4. Christine de Pizan, La lamentacion Christine de Pizan, ff. 14r-18r
  • 5. Théodolet en françoiz, ff. 22r-39v
  • 6. Miscellanées, ff. 40r-67v
  • 7. XII des tres grans prouffiz spirit[u]elz que les tribu[l]ations font a ceulz qui benignement et en pacience les reçoivent, ff. 82r-106v
  • 8. De tres sainte Katherine, ff. 112r-117v
  • 9. Le traitié S. Bernart sur les benessons des XII. fuilz Jacob, ff. 118r-160r
  • 10. Text not mentioned in the Bibliothèque nationale de France’s description of the manuscript, beginning: ‘Marie mere de Dieu fu’, ff. 160v-161r
  • 11. La doctrine qui a taire et parler doctrine, ff. 162r-165v
  • 12. Briefve maniere de confession pour jeunes gens, ff. 166r-167r
  • 13. Pastoral saint Gregoire, Table of contents, ff. 168v-169v
  • 14. Grace que on doit procurer est que on soit ainsi muez, ff. 170r-175v
  • 15. Les bonnes meurs et les sages notables / Ramentevoir souvent sont profitables, ff. 176r-178bis-v
  • 16. Pastoral saint Gregoire, Text, ff. 179r-236r
  • 17. Text not mentioned in the Bibliothèque nationale de France’s description of the manuscript, beginning: ‘Voye chascun du quel office sert / En ce monde et quel fruit il dessert’, fol. 236r
  • 18. Speculum bone vite (text in Middle French), ff. 236v-238v
  • 19. Les lamentacions et douleurs de la benoite mere de Jesu Crist nostre sauveur, lesquelles elle ot davant la passion de son cher filz, ff. 239r-246v
  • 20. Text not mentioned in the Bibliothèque nationale de France’s description of the manuscript, thirteen lines in Latin, probably quotations from Augustine, etc. beginning: ‘Virtus nichil aliud est quam diligere quod diligendum est’, fol. 246v.
  • 21. Lettres patentes de Charles VI pour Jean de Neufville, relatives à la baronnie de Montpinchon, ff. 247v-248v

Physical description

Materials: Mostly paper but with two additions in parchment.

History

Origin

1401-1500; Middle French. According to the online description by the Bibliothèque nationale de France, this manuscript was once in the Abbey of St.-Victor and may have been put together in the middle of the fifteenth century by Guillaume Tuysselet.

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About this edition

This is a facsimile and transcription of Les sept épis trouvés dans la Passion de Jésus-Christ..

The transcription was encoded in TEI P5 XML by Emma Huber.

Availability

Publication: Taylor Institution Library, one of the Bodleian Libraries of the University of Oxford, 2020. XML files are available for download under a Creative Commons Attribution-ShareAlike 4.0 International License . The images are reproduced from the Bibliothèque nationale de France which has declared them Public Domain. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8451465g .

Source edition

Les sept épis trouvés dans la Passion de Jésus-Christ. France, 1401-1500

Editorial principles

Created by encoding transcription from manuscript.

This text presents many corrections perhaps not all in the same hand. Note: it is not always possible to distinguish between ‘c’ and ‘t’.