Folio 1r

¶ Au tresillustre Et treschrestien Roy de france Francoys premier de ce nom. Clement Marot de cahors en quercy treshumble salut en deue obeissance.

LOng temps auant que vostre liberalite Royalle meust faict successeur de lestat de mon pere. Le myen plus affecte et non petit desir / Auoit tousiours este Sire / de pouoir faire œuure en mon petit labeur poetique qui tant vous agreast / que par la ie peusse deuenir au fort le moindre de voz domestiques. Et pour ce faire mys en auant / Comme pour mon Roy le tout ce que ie peu / Et tant Importunay les muses / quelles enfin offrirent a ma plume Rudellecte Inuentions nouuelles et antiques luy donnant le choys / Ou descrire œuure recente et non encores veue / ou de tourner en nostre langue aucune chose de la Latine. ¶ Lors je consideray que a prince de hault esperit haultes choses af fierent / Et tant ie me fiay en mes propres inuentions / que pour vous trop basses ne les sentisse. Parquoy les laissant reposer Iectay lœil sur les liures latins dont la grauite des sentences / et le plaisir de la lecture Folio 1v (si peu que ie y comprens) mont espris mes esperitz / mene ma main / et admuse ma muse. Que dis ie amusee. Mais incitee a renouueller pour vous en faire offre/ lune des plus latines antiquites / et des plus // antiques latinitez. Entre lequelles celle de la metamorphose Douyde / me sembla la plus belle. Tant pour la grand doulceur du stille / que pour le grant nombre des propos tumbans de lung en lautre / par lyaisons si artificielles / quil semble que tout ne soit que vng. et toutesfois ayseement [(]et peult estre point) ne se trouuera liure qui tant de diuerses choses racompte. ¶ Parquoy sire: Si la nature en la diuersite se resiouyst / La ne se deura elle melencollier. ¶ Pour ces raisons et aultres mainctes deliberay mectre main a la besongne / et de tout mon pouoir suyure et contrefaire la veine du noble poete Ouyde / pour mieulx faire entendre a ceulx et celles qui nont la langue lati ne / de quelle sorte il escripuoit / et quelle difference peult estre entre les anciens et Folio 2r les modernes. ¶ Oultreplus / tel list en mainct passaige les noms de Apollo / et Daphne: Pyramus et Thysbee et daultres / Qui alhis // toire aussi loing de lesperit que les noms // pres de la bouche. Ce que pas ainsi ne Iroit / Si en facille vulgaire estoit mise ceste belle metamorphose. La quelle pour autres causes trop longues a descrire ne seroit petite decoration a nostre langue. Veu mesme[me]nt larrogance Grecque / abien daigne la traduyre en la sienne. Or est ainsi que metamorphose est vne diction grecque / vulgairement signiffiant transfor mation / Et a volu Ouyde ainsi Intituler son liure contenant quinze volumes / Pource que en Iceluy il transforme les vngs en arbres / les autres en pierres / les autres en bestes / et les autres en autres formes. Et pour ceste mesme cause Ie me suis pense trop entreprendre de vouloir // transmuer celuy qui les aultres transmue. Et apres Jay contrepense que double louenge peult venir de transmuer vng transmueur. Comme dassaillir vng assailleur: Ou de chocquer vng bon chocqueur. Mais pour rendre lœuure presentable a tante maieste fauldroit premierement Folio 2v que vostre plusque humaine puissance transmuast la muse de marot en celle de Maro. Toutesfois telle quelle est (soubz la confiance du vostre accoustume bon Recueil) Elle par maniere dessay traduyt et / paracheue de ces quinze liure[s] le premier. Dont / au chasteau Damboyse* Dumboyse (H) vous en pleut ouyr quel que commencement. Si leschantillon vous plaist / par temps aurez la piece entiere:************ ¶ Car la plume du petit ouurier / ne****** desire voller / sinon la ou le vent de vostre Royalle bouche le voul dra poulser. Et a tant me tairay. Ouyde veult parler : ~

Folio 3r
¶Intention Douide. & sa priere / enuers les Dieux.
MEs volentez sont toutes animees****
De dire au long les formes transformees
En nouueaulx corps / O dieu qui tout scauez
Puis quen ce point / changees les auez***
Fauorisez a mon commencement*****
Et deduysez continuellement********
Les myens propoz / depuys le premier naistre
Du monde rond Iusque au temps de mon estre.

¶Chaos transforme En quatre elementz : ~

Folio 3vFolio 4r
1 AUant la mer / Auant la terre et l'œuure
Du ciel treshault / qui touteschoses cœuure.
Il y auoit / en tout le monde enorme
Tant seulement / de nature vne forme
5 Dicte Chaos. vne chose amassee
Vne grandeur / Rudde et mal entassee.
Brief ce nestoit / fors vng poix Immobile
Sans aucun art / de soy tout Inutile
Et la semence aux choses mal conioinctes
10 Auec discord / en ce poix mesmes ioinctes.
¶ Aucun soleil encores au bas monde
Neslargissoit / lumiere pure et munde.
La lune aussi par / nuictz tristes et mornes
En son croissant / les deux nouuelles cornes
15 Ne reparoit / la terre compassee.
En lair espars ne pendoit ballancee
Soubz son droit poix / la grand fille des eaux
Amphitrite / ses liquides Ruysseaulx
Et bras de mer / nestendoit pas encores.
20 Aux longues fins / de la terre ainsi que ores.
Et quelque part / ou fut terre fichee
La estoit lair / et la mer atachee.
Folio 4v
Ainsi estoit toute la terre Instable
Lair sans clarte / la mer non nauigable
25 Chose qui fust de forme ne vsoit
Et oultre plus / lung aux autres nuysoit /
Car froit au chault menoit guerre et Rumeur
Tout en vng corps / et le sec a lhumeur.
Auec le dur / le mol se combactoit
30 Et le pesant / au legier debatoit
¶ Mais dieu auec / la meilleure nature
Dicelle noyse / appaisa la poincture:
Car terre adonc du ciel desempara.
De terre aussy / les eaux il separa
35 Et mist apart (pour mieulx faire leur paix)
Le ciel tout pur / dauecques lair espais.
¶ Tout lequel cas / quant il leut desmesle
Et tire hors / du lourd monceau mesle
Il va lyer / en concorde paisible
40 Chascun apart / en sa place duysible
¶ Du ciel courbe / la force du feu clere
Sans aucun poix / eut splendeur qui esclere
Et print son siege / au degre treshaultain.
Quant est de lair / il a son lieu certain
45 Prochain du feu / et de legier moment
Ressemble aluy trop plus que autre element.
Folio 5r
¶En espesseur la terre les surpasse
Et si tira la matiere plus crasse
Des elemens / dont la force pesante
50 De soy la presse / Et touchant leaue fluante
Aux derniers lieux / fist son profond amas
Et tint liez / les terrestres clymatz.
EN tel facon quiconques ayt este
Celuy des dieux la sienne maieste
55 Couppa la masse / ainsi bien disposee
Et la Reduyt / en membres composee.
¶ Premierement / la terre Il fit au moule
Forme et facon dune tresgrande boule
A celle fin quen son poix iuste et droit
60 Egalle fut / par ung chascun endroit.
Puis ca et la / les grandz mers espandit
Et par grandz ventz / enflees les Rendit
Leur commandant / denuironner par vnde
Le grand entour / de toute terre Ronde:
65 Parmy laquelle adiousta grandz estangs
Gros lacz profondz / et fontaines sortans
Et puis seignyt / de Riuaiges oblicques
Les fleuues grandz / coulans et aquaticques
Folio 5v
Qui dune part / en la terre se boyuent.
70 Autres plusieurs / en la mer se recoyuent.
Et la Receuz / les grandz haures et portz
Battent en lieu / de Riuages et bortz.
¶ Les champs voulut estendre et descouurir
Boys et forestz / de feulles se couurir.
75 Vng chascun val / en pendant se baisser
Faisant en hault les montaignes dresser.

¶Le Ciel & La terre Diuisez par cinq Zones.

Folio 6r
2 Et tout ainsi / que les cercles et zones
2 Sont diuisans les hautains cieulx + trones
2 Deux ala dextre / et sur senestre deux
Folio 6v
80 Dont le cinquiesme est le plus ardant deulx
Par tel facon / et semblable nombre
Dieu distingua / terre pesante et sombre.
Et quainsi soit / en ses proportions
Tient et occuppe autant de Regions
85 Dont la moyenne habiter on ne peult
Par lardant chault / qui en elle se meult.
Deux de ceulx la / cœuure la haulte neige
Et entre lune et lautre il mist le siege
De deux encor que luy qui tout ouuroit
90 Admodera par chault mesle de froid.
¶ Sur tout cela / le gros air apparoist
Le quel dautant comme plus legier est.
Que terre et leau / dautant il est pesant
Plus que le feu / tant subtil et luysant
95 ¶ En celuy air / les nues et nuees
Voulut ensemble* emsemble (H) estre constituees.
Tonnerre aussi / et tempestes soudaines
Troublans acoup / les pensees humaines
Semblablement / les Impetueux ventz
100 Faisans la fouldre + le froid esmouuans.
Folio 7r
¶ Aiceulx ventz / dieu na permis daller.
Confusement par la voye de lair
Et non obstant que chascun deulx excerce
Ses soufflemens / en Region diuerse.
105 Encore apeine / on peult (quant sesuertuent)
Y resister / quilz ne Rompent et Ruent
Le monde Ius / par bouffemens austeres
Tant est discorde entre ces quatre freres.

¶ Les Regions: des quatre Ventz.

Folio 7v
Lung cest Eurus / qui en orient perce
110 Les Regnes haulx / de Nabate et de perse
Fais son cours la ou les montz seslieuent
Folio 8r
Subgectz aux raiz / qui au matin se lieuent.
¶ Les tiedes eaux / ou loccident aspire
Et le doulx vespre aprochent de zephire.
115 ¶ Puis Boreas / enuahit la partie
Septemptrione / en singlant vers scitye.
¶ Et au contraire Auster vent estourdy
Mouille la terre / estant sur le mydi:
Dautant quil est / ala pluye subgect
120 Par les vapeurs / qui la font leur obgect.
¶ Parsus cela / louurier celestial.
Mist et crea / lair liquide du ciel
Sans pesanteur / et qui ne tient en rien.
De lespesseur / et brouas terrien.
125 ¶ A peine ainsy / eut en certains limites
Lors discerne / choses grans et petites
Que par le ciel (pour les nuyctz rendre nectes)
Vont commancer a luyre les planectes
Qui de tout temps / presses et cachees.
130 Soubz celle masse auoyent este cachees.
¶ Aussi affin / que Region aucune
Vuyde ne fust danimmaulx: a chescune
Folio 8v
Propres et duytz / les estoilles et signes.
Et des haultz dieux / les formes tresinsignes
135 Tindrent le ciel / les habitables eaux
Furent en part poissons fraiz nectz et beaulx
La terre apres / print les bestes sauuaiges
Et lair agile / oyseaulx de tous plumaiges

¶ Lorigine de lhomme : ~ Et Comment prometheus le fit de terre.

Folio 9r
LA trop plus saincte et noble creature
140 Capable plus de hault sens par nature
Et qui sur tout / pouoit auoir puissance
Folio 9v
Restoit encor / Or print lhomme naissance
Ou louurier grant / de tous biens origine
Le composa / de semence diuine /
145 Ou terre adonc / nouuelle / et separee
Tout freschement de la part etheree
Auoit retins semence supernelle
Du ciel qui print sa facture auec elle
Laquelle apres Prometheus mesla
150 En eau de fleuue / Et puis formee la
Au propre ymaige / et semblable effigie
Des cieulx / par qui / toute chose est regie
¶ Et neautmoins que tout autre animal
Aye tousiours son Regard principal
155 Contre la terre / A lhomme dieu donna
La face haulte / et si luy ordonna
De veoir le ciel / Et ses yeulx cler voyans
Esleuer droit aux estoilles Rayans.
¶ La terre ainsi / qui sans ymage nee
160 Fut / et sans arc de Rien en bien tournee
Print des humains les figures venuees
Au parauant a elle non congnuees.

¶Les quatre eages

Folio 10r
Description des quatre eages.
Folio 10v
Leage dore.
LE age dore sur tous Resplendissant.
Fut le premier au monde florissant
165 Auquel chascun sans correcteur ne loy
De son bon gre / gardoit Iustice et foy.
¶ En peine + peur aucun ne souloit viure
Loye menassans ne se grauoyent en cuyure
Fiche en murs. Poures gens sans Reffuge
170 Ne Redoubtoyent la face de leur Iuge
Mais en seurte / se scauoyent accointer /
Sans quil faillut / Iuge a les appointer.
¶ Larbre du pin / charpente et fendu
Nestoit encor / des haultz montz descendu
175 Sur les grandz eaux en forme de gallee
Pour en pays estrange faire aller* allee (H).
¶ Hommes mortelz ne congnoissoient alheure
Fors seulement le lieu de leur demeure.
¶ Fossez profondz / ou murs de grans effors
180 Nenuyronnoyent / encor villes et fors.
Trompes / clerons darain / droit ou tortu
Larmet / la lance / et le glaiue poinctu
Nestoit pour lors. Sans vsaige et alarmes
De cheualliers / de pietons / ou gensdarmes.
Folio 11r
185 Les gens alors seurement en tous cas
Accomplissoyent / leur plaisirs delicatz.
¶ La terre aussi / non froissee et ferue
Par homme aucun / du soc de la charrue
Sans quon yeust / ou seme ou plante
190 Donnoit desoy tous biens agrand plante.
Et les viuans / contens de la pasture
Produicte alors / sans labeur ou culture
Cuilloyent les fruictz de sauuaiges pommiers
Fraises aux montz / les cormes aux cormiers
195 Pareillement / les meures qui sont Ioinctes
Contre buissons / plains despines et poinctes
Auec le gland / qui leur tumboit a gre /
Du large chesne / a Iupiter sacre.
LE beau printemps / chascun Iour florissoit
200 Et zephirus / le bon vent nourrissoit
Par doulx souspirs / et alaines bien duyctes
Les belles fleurs sans semence produictes
¶ Terre portoit / les fruictz / tost et apoint
Sans cultiuer. Le champ sans estre point
205 Renouuelle / par tout deuenoit blanc
Quant les espiz / plains grain bel et franc
Estoyent sechez. fleuues de laict coulloyent
Fleuues diuins / Ia sur la terre alloyent.
Folio 11v
¶ Et le doulx miel / dont lors chascun goustoit
210 Du chesne verd / tout / Iaulne degoutoit.
¶ Leage Dargent.
PVis quant Saturne hors du beau regne mis
Fut au profond / de tenebres transmys /
Soubz Iupiter / estoit lhumaine gent.
Et en ce temps / suruint leage dargent
215 Qui est plus bas / que lor tressouuerain.
Aussi plus hault / et Riche que larain.
¶ Ce Iupiter / abaissa la vertu
Du beau printemps* primptemps (H) / qui tousiours auoit eu
Son cours entier. Et soubz luy fut lannee
220 En quatre pars / reduicte et ordonnee
En froid yuer / et en este qui tonne
¶ Adoncques lair / brule de seiche ardeur.
Eut en este / blanche et clere splendeur
Puis en mainctz lieux / pendit la glace froide
225 Que vent diuer / Rendit estraincte et Roide.
Lors on entra / pour chaulx et froidz yuernes
Dessoubz maisons / Maisons furent cauernes.
Arbres espais / fresche / Ramee a force
Folio 12r
Et verdz oziers / Ioinctz auecques escorce.
230 ¶ Puis de ceres / les graines secourables
Des longs seillons / de terres labourables
Couuertes sont / et furent beufz puissans
Pressz du Joug / au labeur mugissans.
¶ Leage Darain.
Apres cestuy troiziesme succeda
235 Leage darain / qui les deux exceda
Dengin mauuais / et plus audacieux
Aux armes fut. Non pourtant vicieux.
¶ Leage de fer.
LE dernier est de fer dur et Roille.
Ou tout soudain chascun vice broille
240 Se vint fourrer / comme en leage total
Accompare / au plus meschant metal.
Honneste honte / et verite certaine
Auecques foy / prindrent fuycte loingtaine
Au lieu desquelz / entrerent flaterie
245 Deception / trahison / menterie
Et folle amour / desir / et violence
Folio 12v
Dacquerir biens / et mondaine opulence.
¶ Telle auarice adonc le plus souuent
Pour acquerir / mectoit voilles au vent.
250 Lors malcongnu / du nautonnier et maistre
Et maincte nef / dont le boys souloit estre
Plante debout / sur montaignes cornues
Nageoit / saultoit / par vagues Incongnues.
La terre aussi deuant a tous commune
255 Comme clarte de soleil / air et lune
Fut diuisee en bournes et partiz
Par mesureurs / fins caultz / et deceptifz.
¶ Ne seulement terrestres creatures
Chercherent bledz / et autres nourritures /
260 Mais Jusquau fons des entrailles allerent
De terre basse / ou prindrent et fouillerent
Tous les tresors / et opulences vaines
Quelle cachoit en ses profondes veines
Comme metal / et pierres de valeurs
265 Incitement a tous maulx et malheurs.
¶ Ia hors de terre estoit le fer nuysant
Auecques lor trop plus que fer cuysant
Lors guerre sort qui par ces deux metaulx
Combat / et faict alarmes cruentaulx
270 Et casse et Rompt / de main sanguinolente
Folio 13r
Armes clicquantz / soubz force violente.
¶ On vit desia / de ce quon emble et oste
Chez lhostellier / nest point asseure lhoste
Ne le beau pere auecques le sien gendre.
275 Petite amour / entre freres sengendre
Le mary soffre / a la mort de sa femme
Femme au mary / fait semblable diffame
Dung faulx voloir / les marastres terribles
Meslent venins / noirs / mortelz et horribles
280 Le filz afin / quen biens mondains prospere
Souhaicte mort (auant ses Jours) son pere.
¶ Dame pitie / gist vaincue et oultre
Justice aussy / la noble vierge astree
Seule et derniere / apres tous dieux sublimes
285 Terre laissa / taincte de sang et crymes.

¶ Le sang des geans transforme
en hommes cruelz. Et licaon en loup.

Folio 13v
AVssi affin que le ciel ethere*******
Ne fust (de soy) plusque terre asseure
Le fiers geans / comme on dit affecterent
Folio 14r
Regner aux cieulx / et contremont dresserent
290 Pour y monter / mainte montaigne myse
Lune sur lautre / Adoncques par transmise
Fouldre du ciel / lomnipotent facteur
Du mont olimpe abatit la chaleur
Et desbrisa / en Ruyne fort grosse
295 Pelion mont assiz sur celuy de osse.
¶ Quant pour son poix / ces corps faulx et cruelz
Furent gisans / desrompuz et tuez /
La terre fut / moillee en facon telle
Du moult de sang des geans enfans delle
300 Que comme on dit / trempee senyura.
Puis en ce sang / tout chault / ame liura
Et pour garder enseigne de la Race
En fit de corps / portans humaine face.
Mais ceste gent / fut aspre et despiteuse
305 Blasmant les dieux / demeurdres connoyteuse
Si qua la veoir / bien leusses deuinee
Du cruel sang / de geans / estre nee.
¶ Cecy voyant des haulx cieulx Jupiter
Crye / gemyt / se prent a despiter.
310 Et en comptant / comme vng cryme allegue
Le nouueau fait / non encor diuulgue
Des bancquetz plains / dhorreur* dehreur (H) espouentable
Folio 14v
Que licaon / preparoit a sa table.
Dedans son cueur Ire va concepuoir
315 Telle que vng Roy comme luy / peult auoir
Et son concile appelle haultement
Dont les mandez vindrent subitement.
¶Description du cercle laicte.
OR vne voye / est haulte et manifeste
La sus au lieu / serain / clair / et celeste
320 Semblante a laict dont lactee on lappelle
Facile aueoir / pour sa blancheur tant belle.
Par ceste voye / est le chemin des dieux
Pour droit aller aux trosnes Radieux
Du grant tonant et sa maison / Royalle
325 ¶ Des nobles dieux / superieurs / la salle
Celebree est / et hantee en son estre
A huys ouuers / sur dextre et a senestre
¶ Les moindres dieux / en diuers lieux sassirent
Et les puissans leur Riches sieges misrent
330 Vers le hault bout / brief telle est ceste place
Que (qui auroit de tout dire laudace)
Je ne craindroys lauoir dicte en tous lieux
Maison diuine / ou palais des grandz cieulx
Folio 15r
¶ Donc quant les dieux / furent en ordre assiz
335 Aux sieges bas / faictz de marbres massifz /
Jupiter mys / aux plus hault lieu de gloire
Et appuye / sur son sceptre dyuoire
Comme Indigne / par trois foyx / voyre quatre
De son grand chief / fit branler et debattre
340 Lhorrible* lhoruble (H) poil du quel par son pouoir
Fit terre / mer / et estoilles mouuoir
Puis tout despit / deslie oeuure et desbouche
En tel facon / son Indignee bouche.
¶ Oraison de Iupiter.
IE ne fuz onc / pour le Regne mondain
345 Plus triste en cueur / de lorraige soudain
Auquel geans / ayans serpentins piedz
Furent tous prestz (quant fumes espiez)
De tendre et mectre au ciel Recreatif
Chascun cent bras / pour le Rendre captif.
350 ¶ Car neautmoins / que le lennemy fut tant
Cruel et fier / celle guere pourtant
Ne dependoit / que dune seulle suycte
Et dune ligue / en fin par moy destruicte.
Mais maintenant / en toute voye et trace
Folio 15v
355 Par ou la mer / le monde entier embrasse.
Perdre et tuer / me fault Iniure
Le mortel genre. Et quainsi soit Ieniure.
Des bas enfers les fleuues plains dencombres
Coulans soubz terre aux stigieuses vmbres.
360 Quoy que deuant / fault toute chose vraye
Bien esprouuer / mais Incurable* Imcurable (H) playe
Conuient coupper / par espee aceree
Que la par saine / a mal ne soit tiree.
¶ Jay en forestz / et sur fleuues antiques
365 Mes demy dieux / et mes faunes Rustiques
Satyres gays / nymphes nobles compaignes
Et mes siluans / Residens aux montaignes
Lesquelz dautant / que ne les sentons dignes
Dauoir encor les gloires celestines /
370 Souffrons aumoins / que seurement et bien
Ilz puissent viure en terre / que du myen
Leur ay donnee. O dieux / Intercesseurs
Les penses vous / embas estre assez seurs
Quant Licaon / note de felonnye.
375 A conspire fallace et villennye
Encontre moy. qui par puissance eterne
La fouldre et vous / ca hault tiens et gouuerne
¶ Lors tous ensemble en fremissant murmurent
Folio 16r
Et Iupiter / dardant deisir quil eurent
380 Vont suppliant / quen torment vueille mectre
Cil qui oza telles choses commectre.
¶ Comparaison Ala faueur
¶ Dauguste Cesar.
AInsy du temps / que la cruelle main
Daucuns voulut / te[r]nir le nom Romain
Tendant au sang Cesarien espandre
385 Pour la terreur / dung tant subtil esclandre
Fut lhumain genre / asprement estonne
Et tout le monde a horreur adonne.
¶ Et la pitie des tiens / O preux Auguste
Ne te fut pas / moins aggreable et iuste
390 Que ceste cy / a Juppiter insigne
Lequel apres auoir par voix et signe
Reffraint leurs crys / chascun deulx tint sillence.
Le bruyt cesse par la graue excellence
Du hault Regent / de rechief tout despit
395 Dun tel propoz la sillence Rompit.
¶ Suyte de loraison de Juppiter.
Folio 16v
LEs peines a (ne vos chaille) souffertes
Mais quoy quil ayt Receu telles dessertes
Si vous diray ie en / Resolution
Quel est le cryme et la pugnition.
400 ¶ Dicelluy temps / linfamye amerueilles
Auoit attainct maintesfois noz oreilles.
Le quel / Rapport desirant estre faulx
Subit descens / des cieulx luysans et haultz
Et circuy le terrestre dommaine
405 Estant vray dieu / dessoubz figure humaine /
¶ Fort long seroit vous dire / o dieux sublimes
Combien par tout / Il fut trouue de crymes.
Brief linfamye et le bruit plain dopprobre
Bien moindre fut que la verite propre
410 ¶ De Menalus trauersay les passaiges
Craintz pour les trouz des grandz bestes sauuaiges
Et les haultz puys du froid mont liceus
Et Cillene / Quant cela passe euz
Du Roy darcade / es lieux me vien Renger
415 Et en sa court / dangereuse aloger
Entre tout droit / au point que la seree
Tire la nuict / dun peu de Iour paree
¶ Par signes lors / monstray que Jestoys dieu
Venu en terre / Et le peuple du lieu
Folio 17r
420 A madorer / Ia commance et me Inuocque.
Mais Licaon dentree Raille et mocque
Leurs doulx priers / en disant. par vng grief
Et cler peril Jesprouueray debrief
Si mortel est ce dieu cy quon redoubte
425 Et ne sera / ce qui en est en doubte.
¶ Puis quant serois la nuyt en pesant somme
A me tuer / sapreste ce faulx homme
De mort subite / Icelle experience
De verite / luy plaist de Impacience.
430 ¶ Et non content / est de si griesue coulpe
Mais dung poignal / la gorge il ouure et couppe
A vng / qui la fut en ostage mys
De par les gens / de Molosse transmys.
Et lune part des membres de ce corps
435 Va faire cuyre ainsi ademy mors
En eau boillant / Rendant lautre partie
Sur ardant feu de gros charbons / Rostie.
Lesquelz sur table / ensemble mect et pose.
Dont par grand feu / qui vengea telle chose
440 Sur le seigneur / tumbay la maculee
Or de maison / digne destre bruslee.
¶ Licaon transforme en loup.
Folio 17v
ALors sen fuyt / trouble de peur terrible
Et aussi tout / quil sentit lair paisible
Des champs et boys / de huller luy fut force /
445 Car pourneant / a parler il sefforce.
Son museau prent / la fureur du premier
Et du desir de meurdres coustumier
Sur les aigneaulx. or en use et Jouyst.
Et de veoir sang / encores sesiouyst.
450 Ses vestemens / poil de beste deuindrent
Et ses deux bras facon de cuysses prindrent.
Il fut faict loup / Et la marque conforme
Retient encor / de sa premiere forme.
Tel poil viellard / et tel frayeur de vis
455 Encores a / semblables yeulx tous vifz.
Ardent en luy / Brief tel figure porte
De cruaulte / comme en premiere forte.

¶ Description de la venue et de
la Retraicte du Deluge & comme[n]t
Les pierres furent transformees
en corps humains.

Folio 18r
OR est tumbe vng manoir en Ruyne
Mais vng manoir / tout seul na este digne
460 Destre pery. Par tout ou paroit terre
Folio 18v
Regne Erynmis / aymant peche et guerre.
Et en tous lieux / pensez quon a Jure
De soustenir / vice desmesure.
Seuffrent donc tous / leur peine meritee.
465 Subitement / cest sentence arrestee.
¶ Aucuns des dieux par voix les ditz approuent
De Jupiter / Et stimulent et mouuent
Plus son courroux / les autres si bien temptent
Les Repugnans que a cela se consentent.
470 ¶ Ce neautmoins / du genre humain la perte
A tous ensemble est douleur tresapperte
Et demander vont a Jupiter / quelle
Forme aduiendra sur la terre / apres que elle
Sera priuee aussi dhommes mortelz
475 Qui portera / lencens sur les aultelz
Et si la terre / aux bestes veult bailler
Pour la destruyre / et du tout despoiller.
¶ A lors deffend Jupiter / et commande
A vng chascun / qui tel chose demande
480 De nauoir peur / disant qua ce besoing
De toute chose / il a la cure et soing
Et leur promect / lignee non semblable
Au premier peuple / en naissance admirable
Soudain deuoit pour mectre humains en pouldre /
Folio 19r
485 Par toute terre / espandre ardente fouldre.
Mais il craignyt / que du ciel la facture
Par tant de feux / ne conceut dauenture
Maincte grand flamme / Et que soudainement
Brusle ne fut / tout le hault firmament.
490 Puis luy souuint / quil est predestine
Que aduenir doit / vng temps determine
Que mer que terre / et la maison prisee
Du ciel luysant / ardra toute embrasee
Et qu'on doit voir / du monde ledifice
495 (Plain de grand oeuure) en labeur et supplice.
¶ Lors on cacha / les dars de feu chargez
Des propres mains / des ciclopes forgez
Et dune peine au feu toute contraire
Luy plaist vser. Car soubz eaux veult deffaire
500 Le mortel genre / Et de tout le ciel cloz
Jecter ca bas / les pluyes agrandz flotz.
¶ Incontinent / aux cauernes de Eole
Il enferma vng vent qui soudain volle
Dict Aquilon / pareillement estuye
505 Tous ventz chassans / la nue Induicte a pluye
Et mist nothus / hors des fosses cruelles.
¶ Lors / nothus volle / auec les moyctes aelles
Son vis terrible est couuert ceste foys
Folio 19v
Do[b]scurite / noyre comme la pois.
510 Sa barbe poise / en pluye superflue /
De ses cheueulx tous chenuz / eau de flue
Dessus son front / grandes moyteurs se bouctent /
Son sein distille / et ses plumes de gouctent.
Puis quant il eut / ca et la / nuees mainctes
515 Pendans en lair / dedans sa main estrainctes
Gros bruyt se faict / Esclers en terre habondent
Et du hault ciel / pluyes espesses fondent.
¶ Iris aussi / de Juno messaigiere
Vestant coleur / diuerse et estrangiere.
520 Tire et concoit / grandes eaux et menues
En apportant / norrissement aux nues.
¶ Dont Renuersez / sont les bledz a oultrance
Perdue gist la plouree esperance
Des laboureurs / Et fut pery adoncq
525 Le labeur vain / de tout lan / grand et long.
¶ Ny du grant dieu / contente est la Rancune
Du grief pugnir de son ciel / Mais Neptune
Son frere cher / prompt secours luy amayine
De vndes aydans / a noyer Race humaine.
530 Tous ses Ruysseaux lors il conuocque et mande
Lesquelz entrez dedans la maison grande
De leur seigneur. Neptune dire vient.
Folio 20r
¶ Pour le present vser ne nous conuient
De long propoz / vous forces descouurez
535 Ainsi le fault / Et vous maisons ouuvrez
Puis en ostant voz obstacles et bondes
Laschez la bride a voz cours furibondes.
¶ Ce commande sen Reuont agrandz courses
Tous les Ruysseaux / lentree de leurs sourses.
540 Laschent aplein / Et dung cours effrene
Tout alentour / des grandz mers / ont tourne.
Neptune adonc / de son sceptre massif
Frappa la terre / Et du coup excessif
Elle trembla. Si que du mouuement
545 Des eaux ouurit la voye appertement.
¶ Si vont courant / tous fleuues espanduz
Parmy les champs / ouuers et estanduz
En Rauissant / auec le fruict les arbres
Bestes / humains / maisons / palais de marbres
550 Sans espargner / temples et lieux sacrez
Auec leurs dieux / benistz et consacrez
¶ Et sainsi est / que aucun logis / debout
Soit demoure / en Resistant du tout
A si grant mal / Toutesfois leau plus haulte
555 Couure le fest / et par dessus luy saulte
Consequamment / grosses tours submergees.
Folio 20v
Cachees sont soubz les eaux desgorgees.
¶ Aussi la mer / et terre aucunement
Entre elles deux / nauoit separement
560 Tout estoit mer / Et la mer qui tout baigne
Na aucuns portz / lung / pour se sauluer gaigne
Quelque hault mont / lautre tout destourbe
Se siet / dedans vng nauiere courbe.
Et droit au lieu / il tire laduiron
565 Ou labouroit naguieres enuiron.
¶ Lung / sur les bledz conduyt nefz et bateaux
Ou sur le hault des villes et chasteaulx
Qui sont noyez / lautre sur les grandz ormes
Prent a la main / poisson de mainctes formes
570 Lancre de mer / se fiche au pre tout verd /
Fortune ainsy la volu et souffert
¶ Bateaux courbes / couurent les beaux vignobles
Gisans soubz leau / et plusieurs terres nobles.
Et au lieu propre ou les greles cheurectes
575 Souloyent brouster naguieres les herbectes
La maintenant balleines monstrueuses
Posent leur corps / les nymphes vertueuses
Regnans en mer / quon nomme nereydes
Grand merueille ont de veoir soubz eaux liquides
580 Forestz / citez / et maisons de hault poix
Folio 21r
Les beaulx daulphins tiennent les champs et boys
Et en courant / parmy les haulx Rameaulx.
Heurtent mainct tronc / agite des grandz eaux
¶ Le loup cruel / noue entre les brebiz
585 La mer soustient / lyons Jaulnes ou biz
Tygres legiers / porte leau vndoyante
De Rien ne sert / la fource fouldroyante
Au dur sangler / ny les Jambes agilles
Au cerf Rauy / par les vndes mobiles
590 Et quant loyseau vaguant / a bien cerche
Terres et arbre / ou puisse estre branche
En la fin tumbe en la mer amassee
Tant a du vol / chascune este lassee
¶ Ja de la mer la maitrise / a grandz brasses
595 Auoit couuert et mottes et terrasses
Vagues aussy / qui de nouueau flottoyent
Les summitez des montaignes battoyent.
Brief la plupart des gens en grand soucy
Finit par eau / Ceulx dont leau prent mercy
600 Le long Ieusner / les dompte / et fait deliures
Dame et desprit / par souffrecte de viures.
OR separes sont les champs tresantiques
Aonyens / dauecques les Attiques
Folio 21v
De par Phocis terre grasse / Jentens
Quant terre estoit / Mais en Iceluy temps
605 La pluspart delle / estoit mer haulte et drue
Et vng grant champ deau soudainement creue.
¶ En ce pays / Parnasus le hault mont
Tendant au ciel / se dresse contremont
A double croppe / Et les nues surpasse
610 De sa haulteur. Sur le quel mont et place
Pource que mer / couuroit le demeurant
Deucalyon / y aborda courant
En vne nef / qui grande nestoit mye
Auec pirrha son espouse et amye.
615 ¶ Les dieux / du mont / et nymphes coricides
Ilz adoroyent / inuocquans aleurs aydes
Themys disant / tout ce qui aduenoit
Laquelle adonc des oracles tenoit
Les temples sainctz / oncques ne fut viuant
620 Meilleur que cil / ne deplus ensuiuant
Vraye equite / Et neut onc au monde ame
Plus honorant les dieux que Icelle dame.
¶ Quant Jupiter ce bas monde vit estre
Vng large estang de paludz quil fit croistre
625 Et ne rester detant de milles dhommes
Maintenant que vng sur la terre ou nous sommes
Folio 22r
Et ne Rester de tant de milles femmes
Maintenant que vne / ensemble sans diffames
A nul nuysans / Seuletz ensemble mys
630 La adorans la deesse Themys.
Cela voyant / les nues qui tant pleurent
Il separa / Et quant les pluyes furent
Par Aquilon / chassees en mainctz lieux
La terre au ciel / et aux terres les cieulx
635 Il va monstrer / aussi lire et tempeste.
Da la grant mer / ca bas plus ne se arreste
Puis le Recteur de toutes mers conioinctes
En mectant Ius / son grant sceptre atroys poinctes
Les eaux appaise / et appaise en linstant.
640 Le vert triton sur la mer creuse es[tant]
Le doz ouuert / de pourpre faict expres /
Sans artifice / Et luy commande apres
Souffler dedans sa Resonant Bucine.
Et Rappeller / apres auoir faict signe.
645 Fleuues et flotz. Lors Triton prent et charge
Sa trompe creuse et torse en forme large
Oui par le bout dembas / croist tout ainsi
Que vng turbillon / la quelle trompe aussi
Apres quelle aprins air tout au millieu
650 De la grand mer. Chascun Riuaige et lieu
Gisans soubz lung et soubz lautre soleil
Folio 22v
Elle Remplit de son bruyt nompareil
¶ Laquelle aussi / quant elle fut Ioingante
Contre la bouche a Triton degoutante
655 Pour la moycteur de sa barbe chargee
Et quen enflant / la Retraicte enchargee
Elle eut sonne / par tout fut entendue
Des eaux de terre / et de mer estendue
Et celles eaux / qui loyrent corner
660 Contraignyt lors / toutes de Retourner.
¶ Desia la mer / prent bours et Riues neufues
Chascun canal / se Remplit de ses fleuues.
Fleuues sont veuz baisser et de partir
Et hors de leau / les montaignes sortir
665 Terre seslieue / et les lieux qui paroissent
Croissent ainsi / comme les eaux decroissent.
¶ Longs Jours apres / boys et forestz moillees
Monstrent leur syme / et haulteur despoillees
De fueille et fruict / Et tiennent des eaux franches
670 Le lymon gras / demoure sur les branches.
¶ Ia peult on veoir / tout pays despourueu
Lequel / quant fut par deucalion veu
Large et ouuert / Et que terrestre voye
Myse en desert / faisoit sillence coye
675 Ayant aux yeulx les larmes / souspira
Folio 23r
Parlant ainsi / a sa femme pirrha.
¶ Oraison de Deucalion a pirrha.
O Chere espouse / O ma sœur honnoree
O femme seule au monde demouree
Que commun sang / puis parente germaine
680 Et mariage eut Ioincte a moy prochaine
Et a present / Ioincte amoy de Rechief
Par ce peril / et dangereux meschief
De toute terre / et pays euident
De lorient / et de tout loccident
685 Nous deux seulletz / sommes tourbe de monde.
Le residu / possede mer profonde
Et nest encor / la fiance et duree
De nostre vie assez bien asseuree
Ores aussi / les nues qui cy hantent
690 Nostre pensee asprement espouentent
¶ Si par fortune eschappee sans moy
Fusses des eaux / Quel couraige or en toy
Fut demoure: O chetiue et dolente
Comme eusses tu / tel crainte violente
695 Seulle souffert: qui te fust consoleur
Pour supporter maintenant ta douleur.
Folio 23v
Certes / croy moy / si mer tauoit Rauie
Je te suiuroys / Et mer auroit ma vie.
Que pleust aux dieux / que vng si grant pouoir Ieusse
700 Que par les ars de mon pere / Ie peusse
Renouueller / toute gent consommee
Et mectre esprit / dedans terre formee.
Presentement chere espouse et affine.
Et des humains / demourons lexemplaire
705 Aux dieux puissans / ainsi a volu plaire.
¶ Tel motz disoit / et vont pleurant ensemble
Puis dung bon vueil / supplier bon leur semble
Themys celeste(s) et soubz diuins miracles.
Cercher* Cerches (H) secours / en ses sacrez oracles.
710 Lors non tarde / aux cephisides vndes
Ensemble vont non liquides et mundes
Encor du tout / mais bien Ia Retirees.
Audroit canal du quel sestoient tirees.
¶ Apres auoir espandu de bon cueur
715 Dessus leurs chiefz et Robes / la liqueur
Sacrifiee. Ilz tournent leur addresse
Droit vers le temple / a la sacre deesse
Dont les sommetz et voultes se gastoient
De laide mousse. Et les autelz estoyent
720 Sans sacrifice. Aussi les feux estainctz.
Le mortel genre / en nous deux Reste et fine
Folio 24r
¶ Quant les degres du temple eurent actainctz
Vng chescun deulx sencline contre terre
Et tout craintif / baise la froide pierre
725 Disant ainsy. Si aux claires maisons
Les dieux vaincuz / par Iustes oraisons
Sont amoliz. Et si courroux et Ire
Fleschit en eulx. Helas vuelles nous dire
Dame Themys / par quel art ou scauoir
730 Reparable est / la perte que peulx veoir
De nostre genre. Et aux choses noyees
Tes aydes soyent par doulceur octroyees.
¶ A donc semeut / ce diuin simulacre
Et leur / Respond / partez du temple sacre
735 Couurez voz chiefz / en deuotions sainctes
Et desliez vos Robbes qui sont saintes
Apres gectez souuent dela le dos
De vostre antique et grant mere les os.
¶ Lors esbahiz demeurent longuement
740 Et puis pirrha / parlant premierement
Rompt la sillence / Et dobeir / Refuse
Aux motz et ditz / dont celle deesse vse
En la priant / dune crainti(s)ue face
Deuotement quen ce pardon luy face.
745 Et doffencer crainct de sa mere lame.
Folio 24v
Jectant ses os et de luy faire blasme
¶ Tandis entre eulx Reuoluent et Remirent
Les motz obscurs / de loracle que ouyrent
Soubz couuerture ambigue donne
750 Deucalion de prometheus ne
Rend en apres par beaulx dictz confortee
Dame pirrha / fille de Epymethee
En luy disant / ou noz sens nous decoyuent
Ou les haulx dieux / en eulx pitie concoyuent
755 Et ne font faire ou vice ou chose amere
A mon aduis la terre est la grant mere
Les os sont dictz / selon le mien Recors
Les pierres que aterre dedans son corps
Et commande nous est de les lancer
760 Outre le dos. Combien quen bon penser
Pirrha fut meue acause de laugure
Que son(t) mary bien expose et figure.
Ce nonobstant / son espoir est doubteux
Et moult encor se deffient tous deux
765 Du mot celeste. En apres vont disant
Mais que nuyra lespreuue en ce faisant
¶ Ce dit / sen vont du temple ou se humilient
Coeuurent leur chefz et leurs Robes deslient
Et derriere eulx gectant les pierres dures.
Folio 25r
770 Quon leur a dit a toutes aduentures.
¶ Les pierres transformees
en hommes et femmes :~.
LOrs tout subit / Mais qui le pourra croire
Si pour tesmoing / nen est lantique hystoire
Les pierres ont commance a laisser
Leur durete / et Rigueur abaisser
775 A samollir / Et en amollissant
Prendre figure humaine paroissant.
¶ Incontinent / que croissance leur vint
Et que nature en icelles deuint
Plus doulce et tendre / Aucune forme dhomme
780 On y peult veoir / Non pas entiere comme
Celle de nous / Mais ainsi que esbauchee
Dung marbre dur / non assez bien touchee
Et Ressembloit du tout aces Images
Mal entaillez / et Rudes en ouurages
785 Ce neautmoins / des pierres la partye
Qui fut terreuse / ou molle et amoistye
Daucune humeur / elle fut transformee
En chair et sang / dhomme ou femme formee.
Folio 25v
Ce qui est dur et point ne flechissoit
790 En ossemens tout se conuertissoit.
Ce qui estoit veyne de pierre alheure
Fut veyne dhomme / Et soubz son nom demeure
Si quen brief temps / les pierres amassees
Qui par les mains de lhomme sont lancees
795 Des hommes ont / par le voloir des dieux
Prins la figure / en corps / en face et de yeulx
Aussi du Ject de la femme esgaree
La femme fut Reffaicte et Reparee.
Et la vient que sommes / comme appert
800 Vng genre dur / aux gros labeurs expert
Et bien donnons entiere congoissance
Dou nous sortons / et de quelle naissance.

¶ La terre en diuerses
Figures danimaulx / Et le
Serpent Phiton occis

Folio 26r
TErre engendra tous aultres animaulx
De son vueil propre / en formes non egaulx
805 Et des que leau de deluge laissee
Folio 26v
Fut de lardeur du soleil oppressee.
Fanges / bourbiers / et paludz se formerent
Et par le chault / en espesseur senflerent.
¶ Semblablement / les semences des choses
810 Conceuans fruict / nourries et encloses
En terre grace / a produyre propice
Comme au giron / de leur mere et nourrice
Vindrent a croistre / et demourance y tindrent
Si longuement que aucune forme prindrent
815 ¶ Quil soit ainsi / quant leau du Nil qui court
Par sept canaulx / a delaisse tout court.
Les champs moilles / et chascun sien Ruisseau
Rendu dedans son antique vaisseau.
Apres aussi que le lymon tout fraiz
820 Est fort brusle du soleil et ses Raiz
Les paisans / plusieurs animaulx trouuent
Faictz et creez des moctes qui se couuent
En corps viuans. En ces mottez asses
Sont danimaulx / naguieres commancez
825 Pour le brief temps / de leur tout nouueau naistre
Daultres aussi maintesfoys voit on estre
Tous Imparfaictz / qui a demy son[t] nez
Despaule / teste / ou Jambe tronconnez
Et du corps mesme Imparfaict / lune part
Folio 27r
830 Bien souuent vit lautre est terre sans art.
¶ Certes apres que humeur defroit esprise
Et chaleur aspre / ont attrampance prise
Produysans sont / et concoyuent et portent
Et de ces deux / toutes les choses sortent
835 Et quoy que feu a leau contraire soit
Humide / chault / toutes choses concoit
Et par ainsi concorde / discordante
A geniture / est apte et concordante
¶ La mort de phiton
dont vindrent les Ieuz
nommez Phityes : ~
DOncques apres / que la terre moillee
840 Et du nouueau deluge fort souillee
Fut eschauffee en la claire splendeur
Du chault soleil / et par haultaine ardeur
Elle myst hors especes innombrables
Et dune part / les figures viuables
845 Refit adonc Iadis mortes des eaux
De lautre part / crea monstres nouueaulx
Folio 27v
¶ O fier phiton / tresgrand / ort / et Infect
Terre vouldroit certes ne tauoir faict
Mais toutesfois elle dont sen Repent
850 Tengendra lors. O Incongneu serpent
Au peuple neuf aussi crainte donnoys
Tant large lieu de montaigne tenois.
¶ Or apollo tenant pour faire allarmes
Larc et la flesche et qui detelles armes
855 Par cy deuant ne vsoit iamais que contre
Cheures fuyans / ou dains a sa Re[n]contre
Ce gros serpent / Rua mort estendu
Par les coups noirs du venin espandu
Soubz mille traictz / tirez a tel secousse
860 Dont vuydee fut presque la sienne trousse.
¶ Et puis affin que vieil temps aduenir
Ne sceust du faict la memoire ternir
Il establit / sacrez Ieux et esbatz
Solemnisez par triumphans combatz
865 Phitiez dit du nom du fier phiton
Serpent vaincu / pour cela les fit on.
¶ En celuy prix / quiconques Ieune enfant
A lucte / a course ou a chair triumphant
Folio 28r
Estoit vainqueur / Par honneur singulier
870 Prenoit chappeau / de fueille de meslier
Car le laurier encores ne Regnoit
Et en ce temps / phebus enuironnoit
Sa blonde teste au long poil bien seante
De chascun arbre / et fueille verdoyante.

¶ Lamour de phebus enuers la
belle daphne laquelle deuint
Laurier. Auecques de
scription des
sagettes
de
Cupido :~

Folio 28v
875 LAmour premiere au cueur de phebus nee
Ce fut Daphne fille au fleuue penee
Laquelle amour daucun cas daduenture
Folio 29r
Ne luy suruint. Mais de lire et poincture
De Cupido / Phebus tout glorieux
880 Dauoir vaincu / le serpent furieux
Vit Cupido dune corde nerueuse
Bandant son arc de corne sumptueuse
Si luy a dit Dy moy aquel fin portes /
Enfant lascif / ces Riches armes fortes
885 Ce noble port / qui sur ton col se assiet
Mieulx en escharpe en noz espaules siet
Qui en pouons donner playes certaines
Aux ennemys / aux bestes Inhumaines
Oui puis vng peu / par sagectes sans nombre
890 Ruasmes Ius phiton / Remply dencombre
Serpent enfle / qui tant darpans de terre
De son grant ventre occuppe foulle et serre.
¶ Tien toy content / de Irriter en clamours
De ton brandon ne scay quelles amours
895 Et desormais ne approprie a toy mesmes
Ainsi atort / noz louanges suspremes
Lors luy Respond de venus le filz cher.
¶ Fiche ton arc tout ce quil peult ficher
O dieu phebus / le mien te fichera
900 Ainsi ton bruyt du myen est et sera.
Moindre / dautant que bestes en tout lieu.
Folio 29v
Plus foibles sont / et plus basses que vng dieu
Ainsi disoit / et quant en ses vollees
Eut tranche(r) lair / des esles esbranlees
905 Il se planta / prompt et legier dessus
Lobs[c]ur summet du hault mont pernasus
Et de sa trousse ou mect ses dars peruers
Entira deux / douuraiges tous diuers
Lung chasse amour / et lautre lamour cree
910 Tout dore est / celuy qui la procree
Et a ferreure / ague / claire et coincte.
Cil qui la chasse est Rebouche de poincte
Et a du plomb / tout confict en amer
Dessoubz le bout / Cupido dieu daymer
915 Ficha ce traict qui est de mercy vuyde
Contre daphne / la nymphe peneide.
Et du dore / les moelles il blessa
Du dieu phebus / par ses os quil perca
¶ Subitement / lung ayme / et lautre non
920 Ains va fuyant damoureuse le non
Prenant plaisir dhabiter par les fosses
Des boys espais. Et de vaines* dauaines (H) peaulx grosses
Danimaulx pris / faire Robe et vesture
En ensuiuant Dyane vierge pure
925 ¶ Dung seul bandeau / ses cheueux mal en ordre
Folio 30r
Serroyt au chief / sans les lier ou tordre
Mainctz lont requise a lespouser tendans
Mais reffuse / a tous les demandans.
¶ Sans souffrir homme / et du plaisir exempte
930 Tournoye et court les boys sans voye ou sente
Et ne luy chault sauoir que cest de nopces
De mariage / amours / et tel negoces.
Son pere aussi / luy adit maintesfois
Ma chere fille / vng gendre tu me doys.
935 Souuent son pere / a elle a dit or sus
Tu me doys fille enfans de toy yssus
Elle ayant les nuptiales festes
Ne plus ne moins / que crymes deshonnestes
Entremeslant la belle face blonde
940 Auec vng peu de Rougeur verecunde
Et en Ioignant ses bras doulx et poliz
Au col du pere auec regardz Joliz
Mon geniteur tres cher / ce luy dit elle
Fais moy ce bien / que ie use deternelle
945 Virginite / Iupiter lymmortel
Fit bien Iadis a dyane vng don tel.
¶ Son pere adonc vng si grand dieu ensuyt
Mais (O Daphne) beaulte que tant Reluyt
Te deffend estre ainsi que es desirante
Folio 30v
950 Et a ton veu / ta forme est repugnante
¶ Phebus qui voyt Daphne lez vng boscaige
Ayme et desire auoir son mariage:
Ce quil desire espere quoy que soit
Mais son oracle a la fin le decoyt
955 ¶ Et tout ainsi / que le chaume sec ard
Quant on a mys les espiz a lescart
Comme buyssons ardent par nuyt obscure
Daucuns brandons que vng passant dauenture
En se esclairant a approchez trop pres
960 Diceulx buyssons / ou les y laisse apres
Qui voit le Iour / Ainsi phebus enflamme
Sen va Reduyt: et damour qui lenflamme
Par tout son cueur / se brusle et se destruit
Et en espoir / nourrit amour sans fruict.
965 ¶ Pendre regarde / au blanc col de daphne
Les beaulx cheueux / de son chef non orne.
Mais (ce dit il) Dieux que seroit ce encores
De ce poil la / si pigne estoit ores.
Ses clars yeulx voit / deux estoilles semblans
970 Voyt sa bouchete / et ses chastes semblans
Qui dasses pres / ne sont veuz a sa guise
Ses doitz longues / et ses mains blanches prise
Ses bras massifz / ses epaules charnues
Folio 31r
Plus qua demy descouuertes et nues.
975 Se autre chose est cache soubz lhabit
Meilleur la pense / Elle court plus subit
Que vent legier / et ne prent pied la belle
Aux motz de cil qui en ce point lapelle.
¶ La priere de phebus.
A la Nymphe Daphne.
Ie te pry Nymphe / arreste vng peu te[s] pas
980 Comme ennemy apres toy ne cours pas
Nymphe demeure. Ainsi la brebiecte(.)
Fuit le fier loup / Et la biche foyblecte
Le fort lyon Ainsi les columbelles
Vont fuyant laigle / auec fremissans esles.
985 Ainsi chascun de ses hayneux prent fuycte
Mais vraye amour / e[s]t cause de ma suyte.
¶ O que iay peur que tumbes / et que espines
Poignent tes piedz / et tes Jambes / non dignes
Dauoir blesseure. O moy plain de malheur
990 Si cause estois / de ton mal et doleur
¶ La en ta fuys / sont trop aspres endroitz
Ne cours si fort Ie te prie et me croys.
Folio 31v
Refain ta fuyte / et va plus lentement
Je te suiuray aussi plus doulcement.
995 ¶ Enquiers aumoins a qui tu plays amye
Dune montaigne habitant ne suis mye
Ny vng pasteur. Point ne garde ou faiz paistre
Tropeaux Icy / comme vng Rude champaistre
Tu ne scaiz point / sotte tu ne scaiz point
1000 Qui est celluy que tu fuiz en ce point
Pource me suiz la puissant ysle / Clare.
Delphe / Thenede / et aussi de patare
Le grant palais me sert et obtempere.
Jupiter est mon geniteur et pere
1005 Tout ce qui est sera / et a este
Aux hommes e[s]t par moy manifeste.
¶ Par moy encor / maint beau vers poetique
A corde au son / des cordes de musique
Nostre sagecte / est pour vray bien certaine
1010 Mais vne aultre est trop plus seure et soudaine
La quelle a fait playe en mon triste cueur
Dont nauoit onc Amour este vainqueur.
¶ Medecine est la mienne Inuention
Et si suis dit par toute nation
1015 Pourtant secours. Et la grande puissance
Des herbes est a nostre obeissance.
Folio 32r
¶ Du tout subiecte. O moy trop miserable
De ce que amour / nest par herbes curable
Et que les artz qui vng chascun conseruent
1020 A leur seigneur ne proffitent et seruent.
¶ A lors daphne dung cours craintif se tire
Loing de phebus / qui voloit encor dire
Mainctz autres motz / Et laissa sur ces faictz
Auec luy ses propoz Imparfaictz.
1025 Lors en fuyant / mont belle se monstroit
Le uent / par coups ses membres descouuroit
Et volleter faisoit en obuiant.
Le vent ligier aussi chassoit arriere
Ses beaulx cheueulx espanduz par derriere.
1030 ¶ Sa beaulte est par sa fuicte augmentee
Mais le dieu plain de Ieunesse temptee
Plus endurer ne peult a ce bessoing
Perdre et Iecter son beau parler au loing.
Ains comme amour lamoneste et poursuit
1035 Dung pas legier / les trasses delle suyt.
¶ Et tout ainsi / que quant le chien gallique
Quon dit leurier / en vng plain champ Rustique
A veu le lieure / Et au pied lung conclud
Gaigner sa proye / et lautre son salut.
Folio 32v
1040 Le chien legier / de pres le semble Ioindre
Et pense bien Ia le tenir et poindre.
Puis de sa gule ouuerte large et gloutte
Rase ses piedz lors le lieure est en doubte
Sil est point prins et dicelle morsure
1045 Eschappe et fuit / et par fuicte non seure
Laisse du chien / la grand bouche mordant.
¶ Ainsi est il du dieu phebus ardant
Et de la vierge / Il court soupple et legier
En esperance. Elle en craincte et dangier
1050 Mais le suiuant va de plus soudain cours
Car solage est des esles damours:
Dont tousiours va sans voloir faire arrest
Et pres du dos et des tallons paroist
De la fuiant si qua la grosse allaine
1055 Ses beaulx cheueulx tous espars il alaine.
¶ Quant de Daphne la force fut esprise
Pale deuint. Et vaincue et surprise
Par le trauail / de si soudaine course
En Regardant de peneus la sourse
1060 Dit. O mon pere / ayde mon cueur tout las
Si puissance est en ventz fleuues et lacz
Puis dit. O terre / or me pers et efface
En transmuant / ma figure et ma face
Folio 33r
¶ Par qui trop plaiz ou la transgloutiz viue
1065 Elle qui est de mon ennuy motiue.
¶ Ceste priere / ainsi finie apeine
Grand pasmoison luy surprent membre et veine
De son cueur fut la peau molle ou toillete
Ceincte de tendre escorce verdellete.
1070 En feuilles lors croissent ses cheueulx beaulx
Et ses deux bras en branches et Rameaulx.
Le pied qui fut tant prompt auec la plante
En tige morne et Racine se plante.
Dung arbre entier / son chief la haulteur a
1075 Et sa verdeur / seule luy demoura.
¶ Phebus aussi larbre ayma des adonc
Et quant eut mis sa dextre sur le tronc
Encor sentoit le cueur de la pucelle
Se demener. soubz lescorce nouuelle
1080 ¶ En embrassant aussi ses Rameaulx vertz.
Comme eut bien faict ses membres descouuers
Il baise larbre. Et tout ce nonostant
A ses baisers / larbre va Resistant.
¶ Auquel phebus adit / puisque Impossible
1085 Est que tu soys mon espouse sensible
Certainement / mon arbre approprie
Seras du tout / et a moy dedye.
Folio 33v
¶ O verd laurier tousiours taura ma harpe
Ma claire teste et ma trousse en escharpe
1090 Et si seras des capitaines gloire
Tous Resiouiz / quant triumphe et victoire
Chanteront hault les claires voix et trompes
Et quon verra les grandz et longues pompes
Au capitolle / Aux consacrez posteaulx
1095 Sera de bout deuant les grandz portaulx
Fealle garde. Et au los de ton Regne
Entrelasse seras au tour du chesne.
¶ Et tout ainsi que mon beau chef dore
Est tousiours Jeune / et de poil decore
2000 Vueilles aussi porter en chascun eage
Perpetuel honneur de verd feullage.
Ces motz finiz / le laurier se y consent
En ses Rameaulx qui sont faictz de Recent.
Et si sembloit branler en sorte honneste
2005 Sa summite / comme on branle la teste.

¶ Comment Iupiter transmua la Nymphe
yo en vne vache blanche / laquelle Iuno bailla.
en garde a Argus qui auoit cent yeulx.

Folio 34r
EN Thessallie vng beau pourpris fleuronne
Que vne forest haulte et droicte enuironne
Nommee tempe. Lieux de plaisir Requis.
Folio 34v
Parmy lesquelz peneus fleuue exquis
2010 Sortant du pied de pindus grand montaigne
Deaux escumans le pays tourne et baigne.
¶ Dung Roide cours / le[s] nues embrumees
Va conduisant qui petites fumees
Jectent aussi / Et va si Roydement
2015 Contre les Rocs / que du Redondement
Les boys arrouse. Et de son bruit qui sonne
Les lieux plus loing que ses voisins estonne.
¶ La la maison / la le siege lon treuue
Et lieu secret de peneus grand fleuue
2020 La comme Roy Residant en ses terres
En sa cauerne estant faicte de pierres
Gardoit Iustice aux vndes la fluantes
Pareillement / aux nymphes habitantes
En celles eaux. Premier sont la venuz
2025 Tous les prochains fleuues de luy congnuz
Non bien sachans / si chere luy feront
Ou pour sa fille / ilz le consolleront
Que perdue a. Sperche y vint a propos
Portant peupliers. Enyphe sans Repos
2030 Le doulx Amphrise. Et le viel Apidain
Auec Eas. dautres fleuues soudain
Y sont venuz / qui de quelque coste
Folio 35r
Ou soyent portez / dimpetuosite
En la mer font leurs vndes Retourner
2035 Quant lassez sont de courir et tourner.
¶ Le fleuue Inache / apart soy tout fache
Seul est absent / Et au profond cache
De son grant creux / leau par larmes augmente
Et tout chetif / sa fille yo lamente
2040 Comme perdue / Il ne scet si en vie
Elle est au monde / ou aux enfers Rauie.
Mais pour autant que point ne la percoit
En aucun lieu / cuide quelle ne soit
En aucun lieu. Et craint en ses espritz
2045 Que pirement encores luy soit pris.
¶ Or quleque foys Iupiter* Jupitel (H) eternel
La vit venir du fleuue paternel
Si luy a dit / O vierge bien formee
De Iupiter tresdigne destre aymee
2050 Et qui dois faire vng Iour par grand delict
Je ne say qui bienhereux en ton lict
¶ Ce temps pendant que le soleil treshault
Est au millieu du monde ardant et chault
Viens a lombrage / en ce boys de grant monstre
2055 Ou en cestuy Et tous deux les luy monstre.
¶ Et si tu crains entre[r] seulete aux creuses
Folio 35v
Fousses et trouz de bestes dangereuses
Croy qua seurte yras doresnauant
Soubz les secretz des forestz / moy deuant
2060 Qui suis vng dieu / non point de moindres dieux
Mais qui en main / le grant sceptre des cieulx
Tiens et possede / Et qui darde et enuoye
Fouldres vagans / en mainte place et voye
Ne me fuy point. Or fuyoit elle fort
2065 En Ja de lerne auoit (par son effort)
Oultrepasse les pastiz et les plains
Et les beaulx champs lircees darbres plains
Quant Jupiter couurit terre estendue
Dobscurite parmy lair espandue
2070 Retint la fuyte a yo Ieune deage
Et par ardeur Rauyt son pucellaige.
¶ Ce temps pendant / Iuno des cours hautaines
Regarde embas au milieu des grandz plaines
Si sesbahit dont les nues subites
2075 Soubz le Iour cler auoyent au bas limites
Faict et forme la face de la nuyt
Et bien Iugea que daucun fleuue Induyt
A grandz moyteurs ne sont faictes ces nues
Ne de lhumeur de terre en lair venues
2080 ¶ Puis ca et la Regarde doeil marry
Folio 36r
Ou estre peult Jupiter son mary.
Comme saichant les emblees secrettes
Du sien espoux / tant de fois en cachetes
Delle surpris / le quel quant apperceu
2085 Ne la au ciel / ou mon cueur est deceu
(Dit elle alors) ou Ie suis offencee
¶ Puis du hault ciel soudainement baissee
Se plante en terre et commande aux nues
Loing sen aller / dobscurte desnuees.
2090 Mais Jupiter / qui bon temps se donnoit
Preuoit bien / que sa femme venoyt
Et ia auoit de yo / fille de Inache
Mue la forme en vne blanche vache
Belle de corps / comme yo fut en vis
2095 ¶ A donc Iuno / quoy que ce fust enuis
En estima la forme et le poil beau
Et si senquiert a qui / de quel troppeau
Et dou elle est / comme non congnoissant
La verite / Iupiter dieu puissant
2100 Dit (en mentant) quelle est nee de terre
A celle fin / que lon cesse denquerre
Sil la point faicte / Et puis Iuno la grande
Fille a Saturne / en pur don luy demande.
¶ Que pourra il or faire ou deuenir
Folio 36v
2105 Cest cruaulte / ses amours forbanir
Ne luy donnant / la faict souppeconner
Honte en apres lincite aluy donner
Puis amour est alen diuertir prompte.
¶ Brief par amour eust este vaincue honte
2110 Mais si la vache vng don qui peu montoit
Eust Refusee a celle qui estoit
Sa femme et soeur / sembler eust peu adoncques
Visiblement que vache ne fut vncques.
¶ Apres quil eut donne sa concubine
2115 Toute sa peur soubdain Iuno diuine
Ne despoilla / Et craignyt grandement
Que Iupiter luy print furtiuement
Iusques atant ques mains de Argus leust mise
Filz de Aristor / pour en garde estre prise.
2120 ¶ Or tout le chef auoit celuy Argus
Enuironne de cent yeulx bien Agus
Qui deux adeux / a leur tour sommeillans
Prenoit Repos / tous les autres veillans
Gardoient yo. Et en faisant bon guet
2125 Demouroyent tous arrestez en aguet
¶ En quelque lieu ou fut yo la belle
Incessamment Regardoit deuers elle
Deuant ses yeulx yo tousiours il voyt
Folio 37r
Quoy que sa face alleurs tournee auoit
2130 ¶ Quant le Iour luyst Il seuffre quelle paisse
Quant le soleil est soubz la terre espesse
Lenferme et clost Et dung Rude cheuestre
Serre son col qui na merite destre
Ainsi traicte / de fueille darbre dure
2135 Et dherbe amere elle prent sa pasture.
Puis la pouurecte en lieu de molle couche
Toute la nuyt / dessus la terre couche
Nayant tousiours de la paille qua peine
Et boit de leau de bourbier toute plaine
2140 ¶ Quant elle aussi / qui si fort se doloit
Deuers Argus ses bras tendre vouloit
Shumiliant las la doulcete et tendre.
Na aucuns bras qua Argus puisse tendr[e]
Et sefforsant* sefforfant (H) lamenter de sa gorge
2145 Vng cry de vache en mugissant desgorge
Tant que du son en crainte se bouta
Et de sa voix propre sespouenta.
¶ Apres sen vint aux Riues de son pere
Le fleuue Inache / ou en soulas prospere
2150 Souloit Iouer / souuent auec pucelles
Et quant en leau veit ses cornes nouuelles
Eut grande peur / et de crainte extresme
Sesfarouchoit et sen fuyoit soymesme.
Folio 37v
Ignorans sont les Nayades encore
2155 Voire Inachus / le fleuue mesme Ignore
Qui elle soit / Mais pour le[s] Rendre seurs
Suiuoyt son pere et si suiuoyt ses seurs
Estre touchee asses elle souffroit
Et a Iceulx tous esbahiz se offroit
2160 ¶ Le bon viellard Inachus a Ionchees
Luy presenta des herbes arrachees.
Soudain ses mains elle luy vint lecher
Baisant la paulme a son per trescher
Et Retenir onc ses larmes ne sceust
2165 Et se orendoit de parler la grace heust
Elle eust Requis secours et ayde aucune
Et Recite son nom et sa fortune.
¶ En lieu de motz la lectre que Imprima
Son pied en terre / adoncques exprima
2170 Parfaictement / et mist en descouurance
Du corps mue la triste demonstrance.
¶ O moy chetif (cria lors esperdu
Son pere Inache) et aux cornes pendu
Aussi au col / de la vache luysante
2175 En son poil blanc / et en dueil gemissante.
O moy chetif / dit il par plusieurs foys
Nest ce pas toy ma fille que Ie voys.
Folio 38r
Ainsi querant par chascune contree
Pas ne es trouuee / aincoys es Rancontree.
2180 ¶ Brief par auant mon* non (H) gemir estoit mendre
La tu te taiz / ne Rendz / et ne peulx Rendre
A mon parler / parolles Reciproques
Tant seulement aigres souspirs euocques
Du cueur parfond / et ce que faire peultz
2185 Au mien parler mugis comme les beufz
¶ Las Ie pouuret Ignorant tout ce mal
Te preparoys cierge et lict nuptial
Dung gendre fut lespoir premier de moy
Et le second / de veoir enfans de toy
2190 Or dung troppeau / mary te fault auoir.
Et dung trop[p]ea[u] quelque filz conceuoir
Et nest possible amoy que finir face /
Tant de douleurs / par mort qui tout efface
Ains estre dieu ce mest nuysante chose
2195 Et de la mort / la porte amoy forclose
Prolonge / et faict / le mien Regret durable
En eage et temps / eternel et perdurable.
¶ Comme Inachus disoit son desconfort
Archus se lieve / et en le poussant fort
2200 Meyne par force en pasturaiges mainctz
La poure fille / arrachee des mains
De son cher pere / Et puis occupe et gaigne
Folio 38v
Legierement le hault dune montaigne
Assez loingtaine ou se siet et accule
2205 Et la seant en toutes pars specule.

¶ De
Mercure:
enuoye sur terre pour
endormir & tuer Argus & comment
Juno mist les yeulx diceluy Argus en la
queue dung paon Auec la fable
de la Nymphe siringue.

Folio 39r
LOrs Iupiter Recteur des dieux celestes
Plus endurer ne peult tant de molestes
A celle yo du bon phorone extraicte
Folio 39v
Si appella son filz que vne parfaicte
2210 Clere Pleiade eut en enfantement
Mercure eut non / luy fist commandement
Doccire Argus. Si ne demoura guieres
Mercure aprendre aux piedz esles legieres
En main puissante / aussi sa verge preste
2215 Dendormir gens / et son chappeau en teste.
¶ Tantost apres / que cestuy dieu Mercure
Eust dispose tout cela par grant cure
Dung hault manoir de son pere saulta
Jusques en terre / ou son chappeau osta
2220 Semblablement des esles se desnue
Et seulement sa verge a Retenue
¶ Dicelle verge et sen venant conuoye
Brebis en troppe atrauers champs sen voye
Comme vng pasteur chantant de chalummeaux
2205 Faict et construictz de pailles ou Rouseaux
¶ Argus vacher de Juno tout espris
Du son de lart nouuellement appris
Luy dit ainsi.
¶ Argus parlant a Mercure.
Quiconques soys approche
2210 Tu pourras bien te seoir sur ceste Roche.
Folio 40r
Auecques moy En autre lieu du monde
Lherbe nest point pour certain plus fecunde
Pour le bestial tu vois aussi lombraige
Bon aux pasteurs / en cestuy pasturaige.
2215 ¶ Mercure adonc se assist au(t) pres Argus
Tint et passa en propoz et argutz
Le Iour coulant / parlant de plusieurs poinctz
Et en chantant de ces chalumeaux Ioinctz
Lung auec lautre A surmonter il tasche
2220 Les yeux dargus gardans yo la vache
Et toutesfoys Argus vaincre sefforce
Le doulx sommeil / amollissant sa force
Voire et combien que Repos gracieux
Il a Receu de lune part des yeulx /
2225 Ce nonobstant veille de lautre part
Senquiert aussi / pourquoy / et parquel art
Trouuee fut / la fluste dont chantoit
Car puis vng peu / Inuentee elle estoit.
¶ Siringue conuertye en Roseau.
LOrs dit Mercure / Aux montz gelez darcade
2230 En nonacris / sur toute Amadriade
Vne Nayade y eut tresrenommee.
Folio 40v
Syringue estoit / par les Nymphes nommee
¶ Non vne foys / mais par diuerses tires
Icelle auoit mocque plusieurs satires
2235 Qui la suiuoyent / et tous les dieux auecques
Du boys vmbreux / et champ fertil dilecques.
¶ En venerie / et virginal noblesse
Elle ensuiuoyt Dyane la deesse
De lisle ortige et accoustree et ceincte
2240 A la facon de ceste noble saincte.
Mainctz eust deceu / et pour Dyane aussi
Prendre on leust peu / ne fut que ceste cy
Auoit vng arc de corne decore
Et ceste la / en auoit vng dore
2245 Encor ainsi mainctes gens deceuoit.
¶ Or le dieu pan vng Jour venir la voit
Du mont licee / Et ayant ceinct sa teste
De pin agu / luy fit telle requeste.
¶ O noble Nymphe / obtempere au pleisir
2250 Dung dieu qui a / grant voloir et desir
De tespouser. Brief mainte autre aduenture
Restoit encor adire par Mercure
Cest assauoir (tel priere ennuyante
Mise a despris) la nymphe estre fuyante
2255 Par boys espais / tant quelle vint a leau
Folio 41r
Doulce et fluant du sablonneux et beau
Fleuue ladon / Et comment a la suycte
Lors que les eaues / empescherent sa fuycte
Ses claires sœurs pria Illecques pres
2260 De lamuer Aussi comme[nt] apres
Que pan cuyda Siringue par luy prise
En lieu du corps / de la Nymphe Requise
Tint en ses mains des cannes & Roseaux /
Croissans au tour des paludz et des eaux
2265 Comment aussi / quant dedans enhela
Le vent esmeu dedans ces cannes la
Y fit vng son delicat en voix faincte
Semblable a cil dung cueur qui faict sa plaincte
Et comment pan / surpris du son predict
2270 Et du doulx art tout nouueau luy adit
Cestuy parler / et chant en qui te deulx
Sera commun tousiours entre nous deux
Aussi comment pour eternel Renom
Deslors Reluyt / et donna le droit nom
2275 De la pucelle / a ces fustes Ruralles
Ioinctes de cire / en grandeur Inegalles.
¶ La mort de Argus : ~
AInsi pour vray / que mercure deuoit
Dire telz moctz / les yeulx Dargus il voit
Folio 41v
Tous succomber Et sa lumiere forte
2280 De grant sommeil / enuelopee et morte
¶ Soudain sa voix / Refraignyt et cessa
Et puis Dargus / le dormir Renforca
A doulcissant / de la verge charmee
Les yeulx foibletz / de sa teste asommee.
2285 ¶ Lors tout subit dung glaiue Renuerse
Baissant le chef / en dormant lablesse
Au propre endroit auquel est Ioincte et proche
La teste au col puis du hault de la Roche
Le Iecte a val et le mont hault et droit
2290 Soille de sang / ainsi es orendroit
Gisant par terre. O. Argus qui viuois
Et la clarte quen cent yeulx tu auois
Est or estaincte / et la seule obscurte
De mort surprent / cent yeulx et leur clarte.
2295 ¶ A donc Juno / les prent tous / et les fiche(s)
Dessus la plume au paon / son oyseau Riche
Et luy emplit toute la queue de yeulx
Clairs et luysans / comme estoilles des cieulx

¶ Comment yo vache reprint sa premiere forme
de Nymphe / et fut deesse. Et comment. Epaphus
filz de Jupiter et delle / Iniuria / Phaeton filz
du soleil / et de la Nymphe Clymene : ~

Folio 42r
SOudain Iuno en Ire ardente brusle
2300 Et du courroux le temps ne dissimule
Car Erynmis qui est horrible Raige
Mist audeuant des yeulx et du couraige
Folio 42v
Dicelle yo. et cacha lincensee
Mainct aguillon secret en sa pensee
2300 Espouantant / par Raige furibunde
La poure yo / fuyant par tout le monde.
¶ O fleuue Nil / en grant labeur et plaindre
Tu luy Restois le dernier a attaindre
Auquel pourtant a la fin elle arriue
2305 Et en posant / tout au tour de la Riue
Ses deux genoulz / se veautra en sa place.
¶ Et en leuant / sa telle quelle face
Vers le hault ciel / Renuersant en arriere
Son col de vache / En piteuse priere
2310 En larmes dœil / et en gemissemens
Et en plaintifz / et gros mugissemens
Elle sembloit a Iupiter crier
Et de ces maulx / fin final luy prier.
¶ Lors Jupiter de ses deux bras embrasse
2315 Sa femme au col / la priant de sa grace
Vueille de yo / finablement finir
La grande peine. Et quant a lauenir
De moy (dit il) toute craincte de metz
Car ceste cy ne te sera Iamais
2320 Cause de dueil / Et aux stigieux fleuues
Commande ouy / cestuy serment pour preuues.
Folio 43r
Quant Iuno eut appaise la poincture
Yo Reprint sa premiere stature
Et faicte fut / ce que deuant estoit.
2325 ¶ Du corps sen fuit / le poil quelle vestoit
Lors luy descroit / des cornes la grandeur
Moindre deuient de ses yeulx la Rondeur
Gueule et museau / plus petitz luy deuiennent
Espaules bras / et les mains luy Reuiennent
2330 Longle de vache / en nouueaux piedz et mains
Fut diuisee en cinq ongles humains.
¶ Brief rien ny eut de la vache / sur elle
Fors seulement la blancheur naturelle
Et tout de bout / fut la Nymphe plantee
2305 Du cheminer de deux piedz contentee
Nosant parler / que de sa gorge ne ysse
Mugissemens / comme dune genisse* jenisse (H)
Et auec craincte / essayoit a Redire
Ce quatresfois / elle sestoit ouy dire.
¶ Le debat de phaeton
& de Epaphus : ~
2310 OR maintenant / en deesse honnoree
Elle est du peuple en Egypte adoree
Folio 43v
Parquoy en elle Epaphus on pourpense
Estre engendre de la noble semence
De Iupiter. Et brief en lieux certains
2315 Cestuy Epaphe / a ses temples haultains
Faictz alhonneur de son pere et de luy.
¶ Or en ce temps / vray est qua iceluy
Estoit egal de cueur / deage et puissance
Vng qui auoit du soleil prins naissance
2320 Dit phaeton / qui Iadis deuisant
De ces grant faictz / Et honneur non faisant
A Epaphus / En gloire se mectoit
Dont le soleil son propre pere estoit.
¶ Ce que epaphus ne peult pas bonnement
2325 Lors endurer / et luy dit plainement
¶ O poure sot / tu mectz foy et credit
A tout cela que ta mere te dit
Et te tiens fier / et louenge / Retiens
Dung pere sainct / qui pour vray ne test Riens
2330 ¶ Lors phaeton / Rougist douyr cedire
Et Refraignit de vergoigne son ire
Puis sen corut / a climene sa mere
Luy Rapporter liniure tant amere
Et si luy dit / chere mere au surplus
2335 Cela de quoy tu te doys douloir plus
Folio 44r
Cest que Rien nay Replicque liniure
Car quant a moy / Ie suis de ma nature
Doulx et courtoys / et lautre Insupportant
Et oultrageux / Mais Iay honte pourtant
2340 Dont tel opprobre on ma peu Imputer
Et que sur champ / ne lay peu confuter.
¶ Donc si cree suis de ligne celeste
Monstre a present le signe manifeste
Dung genre tel / tant digne et precieux
2345 Et maintenant / que Ie suis des daulx cieulx.
¶ Ces motz finiz / ses deux bras auanca
Et de sa mere au col les enlassa
La suppliant par son chef tant chery
Et par celuy de / Merope son mary
2350 En en lhonneur des nopces de ses seurs
De luy donner signes certains et seurs
De son vray pere / En effect agrant peine
Scait on le quel / a plus esmeu Clymene
Ou le prier par son filz propose
2355 Ou le despit du Reproche Impose.
¶ Les bras au ciel / lors tendit et leua
Et Regardant le soleil elle va.
Dire ces motz.¶ Le serment que Clymene
Faict a son filz Phaeton.
Folio 44v
2360 Par la lumiere saincte.
De luysans / Rais enuironnee et seincte
Qui nous voit bien / et qui entend noz voix
Ie iure filz que ce soleil que voys
Et qui le monde Illumine et tempere
2365 Ta engendre / et que cest ton vray pere.
Si menterie en mes propoz Ie mectz
Ie me consens quil face que Iamais
Ie ne le voye / Et que ceste lumiere
Soit maintenant a mes yeulx la derniere.
2375 ¶ Or tu nas pas / grant affaire a congnoistre
La demourance a ton pere et son estre
Car la maison dont il se lieue et part
Est fort voisine a nostre terre et part
Si aller la tu desires et quiers
2380 Par des ceste heure / et a luy ten enquiers.
¶ Quant Phaeton / de sa mere eut ouy
Vng tel propos / soudain tout Resiouy
Il saulte en lair / esperant en soymesmes
Oultre passer / les Regions supresmes.
2385 ¶ Brief / son pays / de Ethyope il trauerse
Et les Indoys / gisans soubz la diuerse
Chaleur du ciel / Et promptement de la
En la maison de son cler pere alla.
Folio 45r
¶ Fin du premier liure
des transformations Douide : ~

About this text

Title: Metamorphoses (Book I)
Author: Ovid
Edition: Taylor edition
Series: Taylor Editions: MS. Douce 117
Editor: Edited by Carrie Heusinkveld .

Identification

Oxford, Bodleian Library, MS. Douce 117

Contents

French translation of Book I of Ovid's Metamorphoses by Clément Marot, with a dedicatory epistle to Francis I.

Physical description

Materials: Parchment

History

Origin

Written in France after 1531

Provenance

Francis Douce, 1757-1834. Bequeathed to the Bodleian in 1834

Other Resources

About this edition

This is a facsimile and transcription of Book I of Ovid's Metamorphoses. Translation by Clément Marot, with dedicatory epistle to Francis I.

The transcription was encoded in TEI P5 XML by Carrie Heusinkveld.

Availability

Publication: Taylor Institution Library, one of the Bodleian Libraries of the University of Oxford, 2020. XML files are available for download under a Creative Commons Attribution-ShareAlike 4.0 International License . The image is reproduced from the Bodleian Library. The images can be also be found on the Bodleian Library website.

Source edition

Metamorphoses (Book I) with dedicatory epistle to Francis I. Translation by Clément Marot France, after 1531

Editorial principles

Created by encoding transcription from manuscript.

This transcription employs a diplomatic approach with minimal editorial intervention. The original lineation, capitalisation, and text colour have been preserved. Punctuation marks, including pilcrows, virgulae suspensivae, continuation lines, colons, and parentheses, have also been retained throughout. Litterae notabiliores have been marked in bold. The original spacing between words has been largely conserved, although in certain cases editorial discretion has been used for the sake of clarity. Abbreviations are expanded in italics. Tyronian notas, which resemble the modern letter z, are represented with a + symbol. Editorial reinstations and suppressions of letters are indicated in angle brackets and round brackets respectively. Other editorial amendments have been indicated with an asterisk, with the rejected reading included in the footnotes. For the sake of clarity, scribal additions of ommitted lines in the margins of the text have been reintegrated into their proper positions within the poem. The use of u/v and i/j as variants of the same letter forms has been preserved. With the exception of majuscules and minuscules, no distinction has been made between other variant letter forms, which have been written according to modern orthographical conventions.